Rapprochons nos cœurs et construisons une église !

  • Posted on: 21 October 2017
  • By: delia

Construire une église semble être une action simple par laquelle un homme ou un groupe de personnes décide de construire un nouveau lieu de prière. Mais qu'est-ce que cela signifie, au-delà des murs? Construire une église cela veut dire choisir une partie de cette belle terre (créée «très bonne» par Dieu au commencement, mais que l'homme a rendue impure à travers ses pêchés, depuis la chute du paradis) pour la purifier, l’orner avec tout ce qu’il peut donner de mieux, la bénir et la rendre à Dieu : un lieu de rencontre avec Lui, avec Ses frères, c'est-à-dire avec tes frères, avec toute l'Église. Voilà un palais divin érigé entre les ruines d'un monde périssant. Le paradis sur terre.

Après six ans et demi de service dans l'église du monastère Protection de la Mère de Dieu à Vedrin, où le Seigneur nous a appelé à fonder cette communauté, la paroisse « Tous-les-Saints » est appelée à construire un nouveau lieu de rencontre, une nouvelle œuvre annonçant le Royaume de Dieu, cette fois-ci à Huldenberg près de la ville de Louvain.

Avec l’aide de Dieu, avec la bénédiction de notre Métropolite et à la fin des premiers travaux de rénovation, nous avons commencé à célébrer dans la nouvelle église le dimanche 8 octobre 2017, à l’adresse :  

Sint-Jansbergsteenweg 44A 
3040 HULDENBERG (Loonbeek)

Nous poursuivons avec espoir et confiance dans l'amour de Dieu le chemin vers «cette nouvelle terre et ce nouveau Ciel» où nos vies et celles de nos enfants reçoivent la grâce, deviennent plus belles, plus riches et plus proches de la pensée de Dieu pour chacun de nous.

L’histoire en bref

Les recherches pour une église pour notre paroisse ont recommencé en 2015. En décembre 2016, nous avons trouvé un immeuble spacieux dans un village près de la ville de Louvain, où nous pourrions continuer nos prières et toute activité paroissiale de la mission orthodoxe en Occident. Avec le soutien de nombreux frères et amis de la paroisse, nous avons réussi à payer en avance les frais de notaire liés à l'achat de l’immeuble et nous avons aussi obtenu un prêt pour l'achat (d’une valeur de plus de 200.000 €), remboursable en dix ans. En juin cette année, quelques jours avant la fête de notre paroisse – le Dimanche de Tous les Saints –, nous avons signé le contrat et nous avons reçu les clés du bâtiment. Puis, après quelques mois d'attente, dans la prière, nous avons reçu la bénédiction finale pour la nouvelle Maison de Paroisse de la part de la Mère de Dieu, la veille de la fête de la Nativité de la Mère de Dieu, en recevant le permis de construire (la dénomination administrative de ce miracle de la naissance : l’accord de l’administration pour la transformation d’une partie de l’immeuble dans une église).

Préparations
Depuis lors, l’enthousiasme a rempli nos cœurs de plus belle et nous travaillons du matin au soir  pour avancer les travaux de rénovation, de construction et de décoration du bâtiment. L’immeuble est cependant assez grand et demande des investissements sérieux, les plus importants étant ceux liés au chauffage et à l'installation du toit. Ce dernier doit être complètement refait, car il est dans un état déplorable. Les coûts estimés sont élevés (par exemple, seulement pour la rénovation du toit environ 40 000 euros sont nécessaires). Mais ensemble nous pouvons être nombreux, et le poids sera partagé.

J'ose donc demander votre soutien: si vos yeux lisent maintenant ces lignes, cela signifie que la Providence du Seigneur a ainsi choisi, de vous appeler, si vous le voulez, être compté parmi  les fondateurs d’une nouvelle église. Toute forme de soutien est là bienvenue, en commençant par une prière. Est-ce une petite chose ?

Vous pouvez nous envoyer votre don dans le compte de la paroisse :

Compte (IBAN): BE03 3631 2661 8584 
BIC/SWIFT: BBRUBEBB 
Bénéficiaire: ASBL PORTS

 
A la suggestion de plusieurs frères et sœurs de Roumanie, qui pouvaient plus facilement faire des virements en RON (pour éviter les frais de transaction), un compte RON a également été ouvert au nom de Vlad Botez:

 IBAN: RO29 BRDE380 SV457 7601 3800

 

Le chemin continue avec l’aide de Dieu et le vôtre !

 

Profondément reconnaissant,

Au nom de la Paroisse « Tous les Saints »,
Père Ciprian Grădinaru

   

Français

La Paroisse est d'une importance vitale pour moi ! (II)

  • Posted on: 18 September 2017
  • By: delia

Interview parue dans la revue "Familia Ortodoxa", mars 2017

Comme je disais dans le numéro précédent du magazine, nous serions heureux de voir plus de paroisses comme celle de 'Tous les Saints' de Belgique. Car, comme vous allez le voir dans la poursuite du dialogue avec Père Ciprian, « c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez, ainsi tout arbre bon porte de bons fruits, et tout arbre mauvais porte de mauvais fruits. Un arbre bon ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits » (Matth.  7:17-18). La Paroisse est-elle le cœur de l'Église qui doit battre dans la vie de chaque membre de celle-ci? Nous recevons la réponse dans cette merveilleuse communauté des Roumains qui, dans le milieu d'une Europe laïque, n'oublie pas de prier le Seigneur. (G.F.)

-Vous nous avez parlé des principales caractéristiques d'une paroisse authentique. Mais comment pourrions-nous travailler toutes celles-ci, Père ? Par où commençons-nous ?

-Bien sûr, le fondement de tout ce que nous avons évoqué reste le repentir de chacun, la lutte avec l’ego malade, le changement fondamental de la vie. Plus un homme se repent de son péché, plus il reçoit la grâce de l'Esprit Saint pour lutter contre le vieil homme avec son ego, et, il ressent le besoin de confesser plus souvent ses péchés, les faiblesses, plusieurs fois par jour dans sa prière et, périodiquement, à son confesseur. Il assume de plus en plus ses chutes et il se sert de plus en plus de la confession. Quand il va chez le confesseur, il ne se justifie plus pour chaque péché, il n'accuse plus son prochain, son confesseur ou même Dieu pour "ses événements malheureux" et ses péchés. Il ne va plus raconter au confesseur des histoires de sa vie - contextes qui ne font que diluer la conscience du péché- ou dire « Vous savez Père, je pèche comme tous les hommes » ou « Bah, je n'ai tué personne ». Celui qui agit de cette manière, ne sait pas en fait se confesser, il n'obtient rien en allant chez le confesseur. Il ne vit pas le repentir. Il n'est pas vivant spirituellement. S'il ne change pas fondamentalement son attitude, en faisant preuve d'humilité et en reconnaissant sa maladie, il ne fera jamais partie d'une paroisse, ou de l'Église.

Lorsque nous allons à la confession, nous allons nous réconcilier avec Dieu (après être devenus Ses ennemis en péchant); assumons nos manques, apprenons à assumer les manques des autres, et surtout, en nous repentant, réunissons-nous à nouveau avec la Sainte Église - et donc avec nos frères de la Paroisse, comme il est dit dans la prière de pardon des péchés après la confession. Lorsque l'homme se repentit, il commence à se voir inférieur aux autres et il se réjouira et trouvera le repos en les chérissant, les aidant, les servant, les renforçant, ou simplement en les supportant.

C'est que de cette manière que je peux devenir « un même esprit » avec mes frères ; et à ce moment, je n'aurais plus à lutter avec la jalousie quand ils vont bien, et leur joie et l’Esprit Saint seront également avec moi. C'est que de cette manière que la paix avec mon frère devient précieuse pour moi, car je vais comprendre ce que l’apôtre Paul dit quand il nous conseille de ne pas nous disputer sur les petites choses: toute chose est petite en comparaison avec l'amour, l'unité et la communion !

-C'est ainsi qu'il est né le besoin du don de soi-même ? En luttant avec son vieil ‘ego’?

-Je pense que c'est une conséquence du repentir, mais je crois également que le pouvoir du don de soi est une caractéristique de la nature de l'homme. J'ai pensé à plusieurs reprises qu'un des devoirs du prêtre est de créer dans sa paroisse le cadre permettant à l'homme de comprendre ce qu'est le véritable sacrifice et dans quelles conditions il peut se sacrifier en toute confiance et utilement. C'est ainsi que "La Chandelle de la prière" est née chez nous, de même que les Divines Liturgies nocturnes, ou les aumônes faites pour aider les pauvres. Mais je suis convaincu que ce qui a compté beaucoup pour la consolidation de notre paroisse, hormis les prières et les sacrifices de toutes sortes, ce sont les millions des kilomètres cumulés des routes de nos frères et sœurs qui viennent des différents coins de Belgique, d'Allemagne, de Luxembourg, de France et de Pays-Bas. À vrai dire, il n’y a que six de nos fidèles qui habitent dans des villes proches. Les autres viennent des localités situées à une distance minimum de 50-60 km, certains plusieurs fois par semaine - pour la Liturgie, la Pénitence ou simplement pour se rencontrer à diverses occasions.

"Nous sommes liés par beaucoup de fils spirituels secrets"

- Puisque vous en parlez, comment se sont passées les choses dans votre paroisse ? Comment avez-vous créé cette famille spirituelle ?

- Je ressens qu'avec chaque prière des uns pour les autres, avec chaque moment passé ensemble, avec chaque chose que nous faisons ensemble, plus de « fils » nous lient de manière invisible.

Ce ne sont pas les années qui nous lient, mais ces fils spirituels secrets, et cette couture entre nous devient de plus en plus serrée et plus solide. C'est comme une toile tissée par le Seigneur, qui met nos cœurs un à côte de l’autre dans le "métier à tisser" de la paroisse et Il les tisse avec "la navette" de Sa Providence et Son amour : couleurs différentes, formes différentes, mais quelle joie harmonieuse ! La joie que j’évoquais avec vous il y a quatre ans s’accroît sans cesse et nous ne cessons de glorifier le Seigneur, en nous demandant souvent : si ici, sur la terre, les hommes étant faibles et pleins de passions, Dieu peut nous donner vivre tant de joie, mais comment sera-ce dans le Paradis ? Et la peur de ne pas perdre un tel salut, nous fait convoiter au plus, au plus Haut, et invoquer plus souvent et avec plus de pouvoir le nom de Seigneur pour nous aider, pour nous renforcer.

Nous avons peur de ce que Saint Apôtre Paul disait "Car, si déjà la parole promulguée par des anges a eu son effet, et si toute transgression et toute désobéissance a reçu en retour un juste châtiment, comment pourrons-nous échapper, si nous venions à négliger un message si salutaire, qui, annoncé d'abord par le Seigneur, nous a été sûrement transmis par ceux qui l'ont entendu de lui, Dieu confirmant leur témoignage par des signes, des prodiges et toutes sortes des miracles, ainsi que par les dons du Saint-Esprit, répartis selon sa volonté?" (Hébr. 2:3-4). Car ils ne sont pas peu nombreux les miracles et les signes que Dieu nous a donnés de vivre ici. Premièrement, par la prière faite par tous à « La Chandelle de la prière ».  Après, par la prière de beaucoup d'entre nous : des nombreuses fois le Seigneur est intervenu de manière miraculeuse quand, dans des situations d'urgence, j'ai demandé de prier pour ceux qui en avaient besoin, en envoyant des messages (SMS ou courriels) vers les 150 proches au sujet desquels je savais qu'ils me joindraient dans mon cri vers le Seigneur.

Enfin, d'après les paroles de saint Grégoire Le Théologien (si je m'en souviens bien), en plus de ces miracles que j'ai vécus ici, j'ai vu quelque chose de plus grand encore : le changement de la vie de l'homme, leur venue dans l'Église, la prise au sérieux des Évangiles, la compréhension des choses qui se produisent dans l'Église. Et je confesse que j'ai vécu et que je vis beaucoup de telles merveilles. Vous ne pouvez pas vous imaginez la joie que j'ai lorsqu’un de ceux que je confesse me dit ou m'écrit qu'il a eu une tentation quelconque, mais qu'il a prié de toute sa force et que la paix du Christ est venue en l'ébahissant. J’éprouve aussi un grand réconfort lorsque je vois les frères goûter des fruits de la vraie prière, accompagnée de l'arrivée de Christ : personne ne pourra leur enlever la confiance dans la réalité de la Résurrection du Christ. Quand l'homme commence à ressusciter, il commence à se rendre compte  que  la vraie lutte doit être portée au niveau de l’intellect, des pensées. Et je me réjouis quand, après plusieurs confessions, les frères commencent à confesser des pensées et non pas seulement des péchés. Cela montre qu'ils ont compris que toute chute commence par une pensée, que beaucoup d'entre celles que nous appelons « des mauvaises pensées » proviennent en fait du diable, le semeur d'ivraie. Cela montre qu’ils commencent à comprendre les faits de la lutte spirituelle.

Je ressens une telle joie quand je vois mes frères goûter du fruit de la vraie prière, accompagnée de la présence du Christ: cette conviction de la véracité de la Résurrection du Christ – personne ne pourra la leur enlever! Quand l’homme vient de s’éveiller, il commence à se rendre compte que la vraie lutte doit être portée au niveau de l'esprit, au niveau des pensées. Je suis content quand, après plusieurs confessions, mes frères commencent à avouer des pensées, non pas seulement les actes de la chute. Cela montre qu'ils comprennent que tous les échecs commencent par une pensée, que beaucoup de ce qu’on appelle « mes pensées » viennent, en fait, du diable, de celui qui sème l'ivraie. Cela montre que mes frères commencent à s’efforcer  avec compréhension, comment disent les saints Pères.

- Vous parlez beaucoup de l’œuvre de la grâce. Mais, en fin de compte, cela est normal pour la vie dans l'Église, n’est-ce pas?

- Absolument ! D'une part, dit l'Apôtre, « où le péché a abondé, la grâce a surabondé » Romains 5:20. Dans un sens, je pense à l'état du monde de nos jours: nous vivons dans une société qui a totalement refusé Dieu, qui a tendance à devenir «imperméable à la grâce», comme dit le Père Raphaël (Noica). Dans un tel monde, j'ai vu qu’au moment où le chrétien fait quelques efforts pour aller à la rencontre du Seigneur, Celui-ci non seulement vient, mais on peut vraiment dire qu’il court. Dans un autre sens, il arrive que presque tous les membres de la paroisse soient des gens qui ont rencontré Dieu d’une manière plus profonde dans les dernières années seulement, et le péché de leur ancienne vie est maintenant suivi par la repentance, ce qui apporte une plus grande grâce. D'autre part, on peut remarquer un phénomène intéressant: jamais dans l'histoire de l'Église il n'a existé une telle préoccupation des chrétiens simultanée pour les quatre grands dons par lesquels l'homme peut ressusciter son cœur spirituel: la prière mentale («Seigneur, Jésus Christ, aie pitié de moi ! »), la Sainte communion fréquente, la lecture de l’Évangile et la vie communautaire (comme mode de vie - en principe – monacale, qui est contraire à la vie par soi-même). Je dirais que c'est un don spécial que le Seigneur accorde aux croyants, en nous offrant toutes ces armes puissantes pour combattre l'esprit du siècle le plus opposé au Christ. Mais bien sûr, comme dans toute œuvre dans l'Église, en plus de la grâce du Seigneur qui vient à notre rencontre,  la participation de l’homme est aussi nécessaire, on a besoin que les dons dont on a parlé soient pratiqués.

-J’ai vu dans votre paroisse beaucoup de zèle en ce qui concerne tous ces quatre dons dont vous parlez.

- Oui, et j’en suis très content. Ce zèle c'est vraiment l'un des fruits de la grâce. Sans zèle, il est difficile d’évoluer spirituellement, il est difficile de lutter contre les tentations, de s’efforcer à obéir les commandements. Le zèle est l'état qui doit faire brûler nos cœurs. Il donne du pouvoir à la repentance, apporte l'humilité, car le zèle est nourri par la nostalgie de ce qu’on n’a pas encore acquis, comme le dit saint Jean Climaque.

- On sait que le zèle est un don de Dieu, et parfois nous le sentons en nous, mais comment faire pour le garder?

-Tout d'abord, à l'intérieur - par une lutte incessante pour nettoyer notre cœur des passions. Ensuite, par les faits qui montrent et renforcent la foi. Car le désir de plaire à Dieu détermine  l'homme à s’efforcer, à prier plus (et pas seulement le matin et le soir, mais en élevant son esprit vers Dieu le plus souvent possible, en faisant un petit effort où qu’il se trouve: au travail, en voiture, dans la cuisine etc.), et le fruit de cet effort est une nouvelle inspiration, au fond de laquelle l’homme peut recevoir du Seigneur (par son père spirituel, par un livre, par un frère) un nouveau mot qui augmente l’aspiration céleste, un nouvel élan aux efforts etc. - et le zèle continue de grandir. Il est simple: je montre mon intention, mon désir d'être avec le Seigneur, en luttant pour garder mon esprit aussi concentré que possible,  de garder la prière pendant la journée, et Il m’envoie sa grâce et j’accompli tout ce que je veux.

D'autre part, il y a des gens qui viennent se plaindre à moi de ne pas pouvoir se concentrer pendant la prière ou la liturgie, ou qu'ils luttent toujours avec la colère ou les passions de la chair, et ils me regardent innocemment quand je les demande s'ils perdent du temps et s’ils dispersent leur esprit en regardant la télévision, en écoutant la radio, en naviguant sur Facebook, en lisant les nouvelles sur le net etc. Simplement, ils ne voient pas le sens de la question, la liaison entre ce qu’ils me demandent et ce que je leur réponds. Pour eux, il semble exagéré de dire qu’il y a un lien étroit entre leurs problèmes et la façon dont ils utilisent leur esprit. Ces gens simplement ne croient pas les grands Pères contemporains qui disent que l'esprit qui caractérise ces nouvelles découvertes – je ne sais pas comment dire autrement - est incompatible avec l'esprit du Christ, qu’un esprit - qui a attrapé le virus de toutes les passions qui hantent librement ces environnements - dispersé et errant partout dans le monde, cet esprit donc a besoin de mois en cure de désintoxication pour pouvoir se réunir encore et être cohérent dans le dialogue avec le Christ. De la même manière que je ne serai jamais capable d'aimer quelqu’un si je ne pense toujours à lui, si je ne prie beaucoup pour lui, certainement je ne serai pas capable d'aimer le Christ si je ne prie beaucoup, si je ne Le fais toujours le centre des préoccupations de mon esprit.

Comme nous dit Père Zacharias d'Essex, les chrétiens devraient atteindre une «vie d’une seule pensée : le Christ ! » Seulement lorsque le Christ deviendra le centre de ma vie (et pas seulement une « section» du cercle de mes préoccupations), seulement quand je ferai toutes choses par rapport à Lui, je pourrai dire que je commence à vivre une vie spirituelle.

C’est pourquoi je crois qu'il est beaucoup plus facile pour l'homme moderne de pratiquer l’ascétisme dans un sens positif, qui est de se livrer à des œuvres spirituelles, « d’attraper » son esprit dans la prière, dans les bonnes œuvres, dans le bien faire aux autres. Le chemin « négatif » de l’ascétisme, c’est-à-dire la lutte de l’esprit contre les passions et contre l'ennemi est beaucoup plus difficile. Quand l’homme a beaucoup de zèle et est engagé dans de bonnes œuvres, il évite par défaut des préoccupations stériles tels que celles énumérées (bien sûr, la liste est non-exhaustive) et il est beaucoup plus difficile à tomber dans le péché ou de perdre sa foi.

De plus, le zèle nous protège contre cette terrible consommation d'énergie apportée par la critique malsaine, négative. J'ai toujours été effrayé par les gens qui ne cessent de se plaindre : de leur mari, de leur femme, de leur voisin, du gouvernement, des francs-maçons, d’absolument tout - des gens qui se construisent la prison de la solitude, en critiquant et en condamnant tout le monde. D'autre part, l'homme qui cultive l’inspiration, est sans cesse préoccupé des  choses positives, et donc sa vie deviendra heureuse et resplendissante.

Nous voyons cela aussi dans nos paroisses. La majorité de ceux qui sont „critiques” et „lucides”, qui ne se laissent pas „duper” par la vive ardeur et la joie des autres, quittent finalement la paroisse ou bien ils se positionnent à une distance de sécurité, qui leur permet la vie „autonome” (autrement dit: ils n’en font « qu’à leur tête »), qu’ils la désirent.  Ils ne comprennent ni la joie des autres, ni l’amour qui les relie, ils ont toutes sortes de questions („Pourquoi autant d’offices?”, „Pourquoi demander tant de bénédictions au prêtre?”, „Mais pourquoi tu dois aller à cette église-là? Tu n’en as pas une dans ton quartier?”), ils cherchent toutes sortes d’explications „logiques” pour ce qu’il se passe (comme: secte, manipulations, gens désespérés, „le prêtre exagère” etc.) et ils donnent toutes sortes de „conseils bien intentionnés” (par exemple, au prêtre depuis ses collègues: Fais attention aux laïcs, si on leur donne un doigt, ils prendront ton bras”; aux laïcs depuis leur famille ou leurs amis: „Je ne te reconnais plus! Attention, ne fais pas une fixation!”, ou „Attention à ne pas exagérer / qu’on ne tire profit de toi” etc.). Et leur fin est triste: comme la fin du grand frère de la parabole du fils prodigue (ou du père [miséricordieux], comme il me plaît de la nommer), ils ne sont pas capables d’entrer dans la joie des autres, ils sont des prisonniers d’un apitoiement malade sur eux-mêmes, en se sentant toujours incompris, lésés, qu’on tire profit d’eux et ils ne veulent pas entrer dans la joie du Père; ils restent en dehors du royaume.

„J’AI MENÉ UNE POLITIQUE CONTRAIRE À CELLE QU’ON PRATIQUE AU NIVEAU DES GOUVERNANCES

— Notre peuple a été, surtout les trois cent dernières années, la victime des politiques et des pressions de désunion, qui ont semé la méfiance entre les gens, et la suspicion, et je crois que presque tous les Roumains sont les porteurs de ce virus. J’ai observé que cela affecte aussi l’Église: nous n’avons plus confiance les uns en les autres. Mon père, n’êtes-vous pas confronté à ce problème?

— Nous avons aussi été confrontés à cela au départ. C’est comme vous le dites: il a fallu que nous portions un combat pour acquérir la confiance les uns envers les autres. Nous avons beaucoup lutté pour guérir notre ADN, pour ainsi dire, pour apprendre à ne pas juger, à tolérer les faiblesses du prochain,  à lui montrer confiance, à vouloir le connaître. La prière a bien sûr été essentielle; pourtant, toutes les autres choses qu’on fait dans la paroisse  pour s’approcher les uns des autres, pour mieux se connaître, ont eu beaucoup d’importance. Je pourrais dire que j’ai mené une politique contraire à celle qu’on pratique au niveau des gouvernances d’un pays: une politique d’unification, de rassemblement. 

C’est pourquoi, ce qui me rend le plus triste lors de la confession est quand j’entends que mes frères en Christ se sont jugés ou pire, ont fait des commérages sur leurs frères ou se sont heurtés par des paroles. La majorité des frères ont compris que  ces sont des péchés fratricides, et je sens qu’ils luttent de plus en plus pour ne plus tomber. Ici je crois qu’est important, comme dans toute famille, le rôle de médiateur du prêtre-père, pour aider ses frères-fils à apprendre l’art de dialoguer: nous pouvons avoir des opinions différentes, mais cela n’est pas un motif pour se fâcher, pour se disputer; nous devons faire la distinction entre une idée et la personne.

Cela n’a pas été facile, mais le Seigneur nous a aidés et nous avons atteint cet état où il arrive parfois d’être une centaines de personnes ensemble et de se sentir si proche avec tous, comme si on était avec sa famille: tout est naturel, on n’a rien à cacher, on est calme; tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons, nous n’avons pas peur que les gens autour de nous l’interprètent mal ou déforment nos propos, il n’y a personne qui voudrait « nous prendre en défaut dans nos paroles » (comme cela se produit, par exemple, le dimanche lorsque l’on prêche, alors que des loups déguisés en moutons se faufilent dans le troupeau). Pour y parvenir, nous avons été aidés maintes fois par le rappel des paroles de l’apôtre Paul aux Éphésiens: „Entretenez-vous les uns les autres par des psaumes, par des hymnes et par des cantiques spirituels »( Eph. 5,19). Autrement dit, à notre niveau: il faut être attentifs au contenu de nos discussions; l’approche de tout sujet doit être la plus spirituelle possible, à l’abri des sujets du monde, à partir desquels il est probable de déclencher une querelle. Sinon, il est tout à fait difficile d’acquérir la maîtrise de soi, cela veut dire le pouvoir de ne pas parler des choses que nous regretterons après et de ne pas parler sans réfléchir aux conséquences douloureuses qui peuvent heurter notre prochain.

—Pouvez-vous nous présenter le programme d’un Dimanche habituel dans la paroisse ?

Après la Liturgie et l’agape, j’ai proposé aux frères de rester encore ensemble, de nous reposer ensemble en Christ, dans la Beauté. Parfois je leur parle d’un thème quelconque de la vie spirituelle (au cours des années nous avons essayé d’aborder ensemble les plus importantes), quelquefois nous lisons des fragments des écritures des Pères et nous les expliquons, en essayant toujours de voir comment on peut appliquer l’Évangile dans notre vie concrète. Certains dimanches, nous présentons soit un livre, soit un pèlerinage, où quelques-uns d’entre nous ont été durant la semaine, autrefois nous parlons de grands personnages de l’Église et de la culture roumaines. Autrefois, nous nous partageons simplement les uns les autres et nous nous enrichissons réciproquement avec ce que nous avons vécu en Christ et ce qui nous a rendus joyeux, ces choses que nous portons tous dans nos cœurs. J’ai dénommé cette „détente ensemble” un peu prétentieusement „Le moment philocalique”. J’ai surtout pensé à l’étymologie du terme (philocalique= aimant de la beauté) et j’ai moins considéré l’acception classique, patristique. C’est à dire, j’ai visé à apprendre ensemble, petits et grands, à se réjouir dans ce qui est beau et à cultiver ce qui est beau (compris dans son sens élargi) dans nos vies, dans ce monde où ce qui est laid est de plus en plus apprécié et souverain. Quand Dieu a fait le monde, Il l’a fait bon et beau, et la beauté est l’un des sceaux apposés au début sur le monde et sur l’homme.

De plus, j’ai aussi remarqué une cause des problèmes de la vie spirituelle de certains chrétiens: ils sont directement entrés dans la peau de personne spirituelle avant d’être d’abord des gens simples, des gens équilibrés, profonds, sensibles – traits qu’une bonne éducation (où ce qui est beau occupe la première place) leur aurait pu donner. J’ai la conviction que pour pouvoir obtenir une vie spirituelle authentique, la personne doit réapprendre à se réjouir de choses simples, de la beauté du naturel, de la nature, de l’art véritable – de toutes ces choses qui faisaient partie de la vie de tous les jours de nos ancêtres dix ans auparavant. J’avoue qu’au départ j’avais un peu peur que ce „moment” ne devienne pas un moment culturel, surtout les dimanches où nous évoquons Eminescu ou d’autres poètes roumains qui au cours des siècles ont cherché Dieu. Maintenant, après les centaines de dimanches passés ensemble, je rends grâces à Dieu, pour nous avoir montré encore une fois que tant qu’on reste dans l’Esprit du Christ, tout ce que nous faisons ensemble dans la paroisse produit mystérieusement la guérison des âmes. 

(fin de la deuxième partie)

Français

« La paroisse est d’une importance vitale pour moi» (I)

  • Posted on: 5 April 2017
  • By: delia

(Article paru dans la revue « Familia Ortodoxa », février 2017)

Je lisais dans un livre du Père Sophrony Sakharov qu’à un moment donné, Saint Silouane avait reçu une lettre d’une femme russe établie en France. Elle lui demandait de prier pour elle afin de ne pas avoir besoin de travailler dans une ville où elle ne pourrait pas aller à l’église. Elle avouait au Père qu’elle ne connaissait pas la définition de l’enfer, qu’elle n’avait pas beaucoup lu, mais elle se l’imaginait comme la vie moderne : plein de confort, sans prière et église. En lisant cela, je pensais que nos compatriotes d’Occident vivent également dans l’enfer de l’absence de foi de ceux qui nous entourent. Et à ce moment je me suis rappelé l’histoire que Père Sophrony racontait souvent, celle de l’homme, qui après sa mort, arrivé en enfer, commença à construire une église. Au début, les démons n’arrivaient pas en croire leurs yeux; mais voyant que l’homme était sérieux et qu’il voulait réaliser son idée, ils s’étaient réunis et l’avaient précipité hors de l’enfer, l’envoyant au Paradis.

Ces choses m’ont traversé l’esprit quand mes pensées sont allées vers nos amis de Belgique qui ont construit il y a six ans, un monastère, et maintenant ils doivent refaire des plans pour construire une nouvelle église: ils désirent vraiment le Paradis ! C’est ainsi que j’ai appelé Père Ciprian Gradinaru à nouveau, et nous avons commencé à « analyser » ensemble ses plans.

- Père, depuis que nous nous sommes connus, il me semble que l’un des sujets que vous préférez aborder est celui de la Paroisse. Cela vous tient-il à cœur de parler de votre Paroisse ?

- Oui, c’est vrai. J’aime parler de la Paroisse, parce que, je pourrais dire, j’aime l’Église du Seigneur. Et j’ai compris que la réalité fondamentale de l’Église est donnée par la Paroisse (ou la communauté monastique, s’il s’agit de moines) dont je fais partie, de « l’Église locale » comment on dirait – c’est-à-dire de cette communauté de chrétiens qui se réunissent à un certain endroit chaque dimanche, à chaque Liturgie, pour manger le Corps et boire le Sang du Christ, en devenant un avec Lui, en devenant nous-mêmes Son Corps. Je ne peux pas vivre l’Église de manière abstraite, mais seulement en étant bien intégré à ma paroisse, en comprenant l’importance de cette appartenance. Quand je fais réellement partie d’une paroisse, je fais réellement partie de l’Église Orthodoxe. Ma paroisse représente l’expression essentielle de l’Église et elle est identique à toutes les autres Églises locales, grâce au fait que ma paroisse confesse la foi de mon évêque, et que mon évêque est en communion de foi avec les autres évêques des autres Églises locales. Pour cette raison, il est très important que la paroisse dont je fais partie soit authentique.

D’un autre côté, la paroisse est d’une importance vitale pour moi (si je peux m’exprimer comme Nichita Stanescu). Ma vie, concrètement, je la vis pour sa majeure partie dans ma relation avec la famille, avec la paroisse et avec mon travail. Après, il y a les amis, les voisins, les étrangers « occasionnels » etc.

Depuis mon arrivée dans l’Église, comme je vous le disais lors de notre première conversation en 2013, ma grande préoccupation a été de savoir comment il fallait faire et comment appliquer les enseignements des Évangiles dans ma vie concrète quotidienne. Parce que si tu comprends un phénomène, ses principes, tu l’appliques plus facilement. C’est plus simple à le mettre en pratique. Et j’étais heureux de constater, qu’en ce qui concerne la théologie, et plus précisément la théologie de la vie de famille, il y a une diversité de livres, conférences, positions et des conseils des Pères spirituels qui m’aident à comprendre et à corriger mes approches.

En revanche, en ce qui concerne la paroisse, j’ai trouvé peu de livres, et même dans ceux-ci, les approches sont malheureusement assez théoriques. Les recommandations les plus sérieuses et concrètes sur la façon de vivre (avec le commandement de vivre nécessairement!) dans la paroisse, je les ai trouvés chez les Saints Apôtres Paul et Pierre. Il y a presque 2000 ans, leurs inquiétudes pour les  nouvelles paroisses (car ce ne sont rien d’autre que l’Église de Corinthe ou l’Église de la maison de Priscilla et d’Aquila) allaient du devoir des femmes de mettre le fichu sur la tête au moment de la prière, jusqu’aux relations avec les frères spirituels. Ils ont voulu nous montrer ainsi que tout détail est important dans la vie spirituelle, qu’il n’y a pas des choses peu importantes ou laissées au hasard.

J’ai été et je suis encore surpris de cette situation, de l’apparent manque de préoccupation pour la vie de la paroisse, en communion, au long des siècles et surtout de nos jours. De mon point de vue,  à côté de ma famille, la paroisse est cette réalité où je peux rencontrer et vivre le Christ. J’ose croire que la paroisse est l’équivalent de la communauté monastique pour un fidèle. Et comme un moine vit difficilement sans sa communauté, la paroisse devrait être aussi précieuse pour un fidèle, il devrait rechercher celle qui est la plus appropriée à son ‘caractère’ spirituel. Et une fois trouvée, comme le moine, il doit essayer de « sortir » le moins possible de celle-ci. En fait, quand l’amour et la vie en Christ vont le lier à sa paroisse, le chrétien aspirera toujours à être avec ses frères, attendant avec hâte de se retrouver avec eux. Peut être que ce que je dis vous paraît être des grandes choses, mais elles ressortent des constatations de ma paroisse, faites au cours du temps.

Devenu prêtre, j’ai essayé de tenir compte et d’appliquer les renseignements pratiques trouvés dans les Actes des Apôtres et les Épitres, auxquels j’ai rajouté divers conseils et principes émanant des Pères du monachisme, que j’ai adaptés à la vie de paroisse des fidèles.

- Vous parlez souvent d’une paroisse ‘authentique’. Comment la définissez-vous ? Y aurait-il des « paroisses non-authentiques » ?

- La question est délicate, mais très importante. De mes lectures des théologiens contemporains (Père Sophrony, Père Zacharie d’Essex, Métropolite Hiérothée Vlahos, Père Georges Metallinos), de ce que je vois autour de moi depuis mon arrivée dans l’Église, j’ai compris qu’une vraie paroisse - une famille spirituelle - a quelques caractéristiques, quelques principes de fonctionnement et qu’elle doit apporter certains fruits.

Premièrement, elle doit être vivante, christocentrique.  Il ne suffit pas de rassembler des personnes dans un même endroit (même pour la Divine Liturgie!), s’ils ne comprennent pas ce qu’ils font, pourquoi ils vont à l’église. Par exemple, dans la diaspora, il arrive que certains orthodoxes par Baptême mais « non-pratiquants », viennent à l’église le dimanche, simplement par désir de rencontrer leurs compatriotes. Nous pourrions appeler ce groupe de personnes une assemblée, mais non pas une assemblée eucharistique, telle qu’on définit la paroisse.

De plus, nous savons bien que, pour des raisons administratives, dans les pays orthodoxes, les paroisses s’identifient avec les villages/quartiers, mais il y a une grande distance entre la réalité administrative et la réalité de l’Eglise – en ce sens que la paroisse devrait être le Corps du Christ ! Et donc comment pourrions-nous considérer ces personnes, baptisées mais non « pratiquantes », comme faisant partie de ce Corps, alors qu’elles ne viennent pas à l’église ou vivent dans des péchés manifestes sans s’en soucier ?

« Une conséquence naturelle, saine de la confession fréquente »

- À propos de l’assemblée eucharistique : j’ai vu que durant ces vingt dernières années, un problème est apparu, un problème très discuté et une matière à réflexion chez beaucoup, mais non nécessairement dans un bon esprit : comment devrions-nous recevoir la Sainte Eucharistie ? Souvent ou rarement ?

- Je trouve que la façon dont le problème a été soulevé de manière générale, n’a fait que créer une polarisation de plus, une autre division au cœur de l’Église. Certains ont répété avec insistance, voire avec obsession, qu’il est nécessaire de recevoir souvent la Communion, d’autres ont protesté en disant « que cela est dangereux !». Et ils se sont fâchés les uns contre les autres. Nous oublions toujours que cet esprit de la désunion, de séparation est spécifique au diable (comme l’étymologie du mot le montre : « celui qui sépare »). Pensez à d’autres polarisations qui séparent les fidèles : pro/anti-Concile de Crète, pro/anti Père Arsenie Boca etc.).

Dans notre paroisse je n’ai pas mis un fort accent sur la Sainte Communion fréquente (même si je pense que, dans certains conditions de vie spirituelle attentive, cela apporte beaucoup), mais j’ai toujours incité au repentir, à la confession régulière. Et, après quelques années, cela a eu pour conséquence naturelle, saine, que les paroissiens souhaitaient recevoir la Communion plus souvent, et qu’ils étaient tristes de venir à la Divine Liturgie sans recevoir la Sainte Eucharistie. Bien évidement, toute la vie commence ainsi à être vécue avec attention, fermeté, avec la conscience nettoyée par le repentir et par la pénitence. La Sainte Eucharistie n’est pas un but en soi, mais un élément extrêmement important – non le seul – de cet acte complexe de la guérison dans l’Église, dans la paroisse.

Nous avons compris nous même, ainsi, pourquoi la paroisse est appelée une assemblée eucharistique : la communion au Corps et au Sang du Christ représente le centre de tout, et tout est circonscrit au désir et besoin des paroissiens de recevoir la Communion, et à la nouvelle vie qui suit la Sainte Eucharistie. Quand nous prenons le Corps et le Sang du Christ (après une préparation à la mesure des possibilités de chacun), nous sommes quelque part « soudés » en un seul élément – Le Corps du Christ. C’est de cette manière que tu reçois l’Esprit Saint, que tu apprends à prier, à vivre attentivement, à chercher à être toujours dans la paix que donne une conscience pure, à supporter l’autre, et si jamais tu n’y arrives pas, à te repentir pour ne pas y être parvenu, lui pardonner, l’aimer. C’est que de cette manière que tu comprends ce qui est dit tout le temps à la Divine Liturgie : « Aimons-nous les uns les autres, afin que dans un même esprit nous confessions : Le Père, le Fils et le Saint Esprit, Trinité consubstantielle et indivisible. ». Autrement, cette exhortation ne devient qu’une simple énumération de mots.

Pour celui qui fait partie d’une paroisse, l’intervalle de temps d’une Liturgie à une autre, représente le temps de son propre combat, l’effort de vivre de manière ascétique, de prier le plus possible, d’être le plus éveillé possible à ses pensées, de lutter avec ses passions ; c’est le temps de s’efforcer d’appliquer ce qui a été appris lors de la confession, des homélies et des synaxes. Pour cette raison, quand nous nous rencontrons de nouveau à la Divine Liturgie, chacun apporte comme sacrifice au Christ, ses efforts ascétiques, et ceux-ci sont partagés également par ses frères, par l’intermède de la Sainte Eucharistie dans un sens. De cette manière, la vie communautaire (c’est-à-dire en communion) enrichit réellement tous ceux qui apportent leur effort, car ils reçoivent en échange le Christ, qui nous est donné mystiquement à tous.

Et c’est ainsi que le besoin de participer à la Liturgie le plus souvent possible est né, le désir de voir plus souvent les autres, de s’approcher des autres, de faire toutes les choses ensemble, tout de manière naturelle.

« La fondation de la vie dans la paroisse est la conscience de famille »

Dans Sa sagesse, le Seigneur a dit avant tout les temps : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » (Genèse 1 :26) - il n’a pas dit « Faisons les hommes » mais « Faisons l’homme ». En d’autres termes, nous sommes tous un. Cette théologie doit être vécue au moins comme aspiration, et elle n’a aucune valeur si elle reste abstraite. Si je n’ai pas la conscience que je suis, potentiellement parlant, un avec mon frère, il est clair que je ne serais jamais un avec lui, et il est clair que je ne vais jamais comprendre le sacrement de la Trinité. Assemblée, communauté, communion – termes que nous utilisons souvent en parlant de l’Eglise – ce sont des mots qui contiennent le radical « un ». Cela est le but de notre trajectoire : devenir un avec mon frère, et avec lui, avec le Seigneur. C’est la prière que Le Seigneur fait pour nous devant le Père Saint, c’est le souhait qu’Il désire pour nous : « qu’ils soient un, comme nous » (Saint-Jean 17 :11).

- Voulez-vous dire que dans la paroisse, nous devrions nous sentir comme en famille ?

- Oui, nous pourrions dire que le fondement de la vie dans la paroisse est la conscience de famille. La paroisse est l’endroit où nous pouvons vivre une autre compréhension de ce que veut dire la véritable parenté, ce que Jésus clarifie bien lorsque quelqu'un venant vers Lui, lui dit: « Quelqu'un lui dit: Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler ». Et le Seigneur lui répond « Qui est ma mère et qui sont mes frères?  Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère. » (Matthieu 12 :47-49) en nous montrant donc que le temps était venu de redéfinir la signification de la famille, dans le sens évangélique et que la parenté corporelle n’était plus aussi importante. S’il faut prolonger la pensée du Seigneur, nous comprenons que nous-mêmes devrions rechercher la volonté du Père, pour rentrer dans Sa famille. Sa Famille implique d’avoir pour mère l’Église et pour père le confesseur, un père qui est né en Christ. Et nous avons besoin également des frères spirituels, pour faire partie d’une famille dans laquelle nous apprenons à nous aimer, à nous soutenir, à ne pas avoir peur quand nous affronterons nos ennemis sur place (Psaume 126) – les ennemis étant le diable, les passions.

Père Sophrony disait que personne ne peut être sauvé seul et que – chose qui devrait nous faire trembler – personne ne peut être sauvé sans le vouloir. Dieu ne force pas notre liberté. Cela signifie qu’il est de notre devoir, cela tient à notre persistance et notre détermination à aller activement à la recherche de cette famille, de ces frères, de ce Père qui soit capable de nous engendrer et que finalement, nous lui permettons qu’il nous engendre. C'est seulement à partir de ce point qu'on peut commencer un autre exploit difficile : celui de croire, d’être persuadé que ce n’est pas le hasard ou le contexte socio-historique qui nous a mis ensemble, mais que c’est le Christ Lui-même qui nous a réunis et nous luttons pour maintenir cette conviction et cette liaison. Il s’agit d’avoir beaucoup de foi et de fermeté pour croire que ma paroisse est le lieu où Dieu m’a placé pour que j’accomplisse ma lutte, où je dois me repentir, vivre ma vie et où je dois sauver mon âme. C’est seulement cet exploit – vécu par chaque membre de la communauté – qui va pouvoir transformer une paroisse physique, administrative (dans le sens dont je parlais avant, d’assemblée de personnes qui se trouvent dans la même église), en une assemblée eucharistique, en une paroisse spirituelle, où le Saint Esprit peut trouver place, où la personne apprend qu’elle est partie du Corps eucharistique du Christ, qui est sa paroisse. Et que, détaché de ce Corps, en dehors de Lui, chaque membre va mourir.

La famille est un don de Dieu, avec lequel nous rentrons dans l’histoire. Car c’est à travers une famille, de la semence d’un homme et d’une femme que Dieu a trouvé bon que chacun de nous entre dans l’histoire. Et éventuellement, en étant nés dans un contexte favorable, qu’on soit baptisé, que nous rentrons dans l’Église. Parfois, il se peut néanmoins - tout comme dans l’histoire -, qu'il y ait des cas malheureux où la famille naturelle empêche certains de ces membres d'arriver au Paradis, de se sauver – tandis que la famille spirituelle est conçue de telle manière, bénie par Christ dans l’Évangile, selon la théologie de l’Église, qu’elle se transforme en un tremplin vers le Paradis, qu’elle soit la place, le milieu où on naisse pour l’éternité, en Christ.

Si tu ne veux pas t’offrir à l’autre, tu ne sauras jamais ce que la vraie joie veut dire

  • Quelle est l’épreuve la plus dure avec laquelle la personne qui veut s’intégrer, vivre, assumer une telle expérience dans la vie de paroisse se confronte-t-elle ?

Tout comme dans la vie de famille, il me semble qu’il s’agit de la lutte pour devenir humble et être au service d’autrui. Tout commence du point où j’arrive à m’identifier comme étant le prochain de l’autre et ne pas exiger que ce soit l’autre qui m’aide (Cf. Luc 10 : 25-37), où j’arrive à voir l’autre en tant que mon frère, dont je ne suis pas digne. « Mon frère est ma vie ! », dit St. Silouane. Si je veux devenir comme le Christ, là, mon incessant effort, la pensée que je dois cultiver est de lutter pour œuvrer pour mon prochain. Lorsque je dis "œuvrer pour mon prochain" je ne pense pas à des choses grandioses, mais à de petits efforts au jour le jour.

Je dis petits efforts au jour le jour parce qu'à plusieurs d’entre nous il nous semble qu’il faut faire des choses grandioses pour pouvoir être appelés de vrais chrétiens. Moi, par contre, lorsque je pense à ce qui me remplit le cœur de joie le plus souvent est qu’en regardant autour de moi, je vois la joie de voir mes frères et mes sœurs s’entraidant, se réjouir les uns des autres, en écoutant mes demandes de ne plus se rencontrer en « groupes restreints » - nous connaissons tous la tentation d’aller voir, parler, se rendre visite exclusivement avec ceux qui ont le même niveau culturel et social que nous-mêmes), mais au contraire, en nous rendant humble et en donnant raison à autrui.

Je me réjouis lorsque je vois qu’ils sont affligés par solidarité dans la souffrance avec l’autre et viennent me proposer diverses voies pour aider celui qui souffre, en prière ou concrètement, matériellement. Je me réjouis lorsque je vois qu’ils prennent soin des enfants des autres, pour donner ainsi donner la possibilité aux familles qui ont un plus grand nombre d’enfants de participer à la Liturgie ou se reposer, ou, simplement, de résoudre des problèmes domestiques. Ce « petits » services mais rendus à de nombreuses reprises, vécus concrètement dans le concret de la vie, apportent vraiment l’ouverture vers l’autrui, l’élargissement du cœur vers autrui tout comme l’Évangile nous le propose. Je crois surtout que c’est par cette voie que nous pouvons espérer devenir frères avec ceux que nous rencontrons à l’Église. Au contraire, en vivant de manière isolée, en cultivant de manière sélective des relations avec certains membres de la communauté, et non avec d’autres, nous allons rester dans une situation de chrétienté virtuelle, c’est-à-dire inexistante.

Ceux qui servent les autres doivent apprendre à se sacrifier. Que veut dire se sacrifier? Cela veut dire se mettre au service de l’autre et donner, comprendre qu’absolument tout ce que nous avons est le don de Dieu. Et le don de Dieu est semblable à la manne donnée au peuple élu lorsqu’il a erré dans le désert. Vous vous rappelez du fait que ceux qui ont fait des réserves ont trouvé la manne avariée. C’est la même chose avec nous et nos dons, que ce soit le temps, l’argent, le pouvoir physique ou n’importe quel autre don : on va le trouver avarié si nous ne les activons pas, si nous ne les employons pas, en les partageant avec les frères que Dieu nous a donné. Ceci est un mystère de l’amour : savoir que tout ce que tu as vient de Dieu, que tu donnes ce que tu as reçu et avoir la conviction que Dieu va te donner dix fois plus, cent fois plus. Mais si tu ne veux pas donner et te donner aux autres, tu ne sauras jamais ce que c’est que la joie.

Ami est celui qui ne te juge pas

  • Et pourtant, il me semble assez difficile d’arriver à une telle hauteur spirituelle, dans la mesure où, en s’approchant tellement des autres dans la vie d’une paroisse, telle que vous la décrivez, il est difficile de ne pas faire face, en se confrontant avec les avis des autres, aux réalités dures, parfois décourageantes des vies et des lacunes des autres...

Certes, les rencontres en dehors de l’église avec les autres paroissiens comportent aussi le risque de voir les autres de manière plus humaine et, en conséquence, de pouvoir tomber dans la tentation de les juger : « regarde comment il parle, comment il mange, comment il a meublé sa maison, comment il se comporte avec sa femme, ses enfants, son époux, etc. ». Avec l’apparition du jour de la Pentecôte dans histoire de l’Église, une nouvelle catégorie de relations humaines s’est fait jour: celle de « frères » à l’intérieur de l’Église. « Frère » en grec se dit adelfos, ce qui signifie « du même utérus » - ici, celui de l’Église. Je n’ose pas dire que, dans la vie de la paroisse, il faut rajouter encore une catégorie, celle d’« ami spirituel », dans le sens que lui donnait jadis Saint-Exupéry : « Ami est celui qui ne te juge pas ». Je pense souvent que ce qui peut endommager le plus une paroisse, ce qui empêche le plus de donner naissance à une paroisse vraie, vivante, une paroisse-famille, est le fait qu’on tombe dans la tentation de juger l’autre, qu’on est sans merci, que nous tombons dans l’envie, qu’on condamne autrui. C’est pour cela qu’il faut apprendre à s’efforcer de devenir amis, c’est-à-dire qu’on ne juge pas les autres! C’est dans ce sens-là que je parle à mes frères de ce point essentiel : il faut devenir des amis spirituels.  Ce n’est pas une petite chose que d’avoir un frère, mais c’est encore une plus grande chose lorsque le frère est aussi ton ami.

Il arrive qu'on trouve une église, une paroisse où l’on aimerait rester. Après un certain temps, tout comme dans le mariage, sans qu’on le sache, avant qu’on n’arrive même pas à saisir le sens de ce que l’on vit, le charisme quitte nos yeux (charisme qui nous avait soutenu dans un « aveuglement » de l’amour) pour qu’on commence à lutter et montrer la fidélité par rapport à ce don de Dieu. Et que fait-on en ce cas ? Au lieu de lutter contre le vieil homme caché aux profondeurs de nous-même, esclave des passions, on commence à lutter avec les autres. Étant malade de fierté et d’orgueil, plein d’autojustification, on commence à voir l’imperfection des autres. Et on commence à juger les autres (jusqu’à en dire du mal, la plus pire des chutes) et ainsi, le cœur se refroidit et je commence à m’éloigner des autres. C’est le moment où je dois me souvenir que le temps de cette vie n’est pas donné pour le jugement. Le jour de la rencontre avec le Christ est le jour du Jugement. Le temps de cette vie est pour le pardon, pour la compréhension, la réconciliation, le rapprochement avec les autres. À chaque fois que je vois une faute, une note fausse chez mon frère, chez mon Père, chez mon prochain, mon devoir est – si je veux devenir fils ou frère spirituel –de pallier à leur imperfection par ma propre prière, mon propre repentir, ma propre lutte pour lui pardonner, le garder proche et porter sa « charge », comme le dit St Paul.

Il est extrêmement difficile de ne pas juger, de porter les faiblesses des uns et des autres. J’ai proposé aux frères une image « plastique », une « parabole moderne », si vous permettez, un jeu d’enfant : lorsque quelqu’un fait un petit trou dans une petite table de cire, un autre doit venir vite et le couvrir de la pâte à modelage. La petite table de cire représente notre vie commune, le trou est mon péché, ma faiblesse, et la pâte à modelage est ta prière pour moi lorsque tu me vois faible, en péchant.

(fin de la première partie)

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Voulez-vous être ouvriers avec Dieu? (1 Cor., 3:9) Un temps pour bâtir une église

  • Posted on: 3 January 2017
  • By: delia

Mise à jour, le 28 février 2017
 

Comme annoncé, le Seigneur nous a donné la chance d'acheter notre propre église.
Grace à votre amour, à vos prières et à l'aide financier apporté, nous avons réussi à collecter la somme nécessaire pour payer les frais de notaire et les taxes d’achat. Mais, en dehors du crédit auquel la paroisse s’est engagé pour les prochains dix ans, il y a encore beaucoup de travaux à faire (pour la rénovation, la sécurité etc.) pour pouvoir convertir le bâtiment dans une église et une école.
Nous serions heureux si vous pouviez participer à cet effort de bâtir à la fois une église et une école, en faisant votre don dans le compte mentionné ci-dessous et en transmettant cette annonce à des amis qui pourront aider.  

Les données pour le virement bancaire sont:

Compte (IBAN): BE03 3631 2661 8584
BIC/SWIFT: BBRUBEBB
Bénéficiaire: ASBL PORTS

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Depuis sept ans maintenant, lorsque Dieu a béni la fondation de notre Paroisse de « Tous les Saints », nous vivons ensemble le Mystère de l'Église, qui fait de nous des frères et sœurs en Christ.

Notre paroisse a commencé à prendre vie en esprit d'abord, puis dans la chair. Nous avons commencé avec quelques rares rencontres, puis nous sommes passés à des milliers de confessions, des centaines d’offices et de nombreuses prières. Le Seigneur a lié nos cœurs et lentement, nous sommes devenus une famille dans le Christ. Nous avons accueilli, au fil des ans, tous ceux qui se sont sentis spirituellement appelés vers nous. De cette manière, nos cœurs ont grandi et la porte de la «maison» de nos âmes s’est ouverte. Même si parfois des longues distances nous séparent, nous sommes toujours ensemble et même si certains d’entre vous sont rarement parmi nous, la prière des uns pour les autres continue de nous unir mystiquement et encore plus étroitement.

Notre paroisse doit quitter l'église de Vedrin-Namur. Depuis une année et demie, nous étions à la recherche d’un nouveau lieu de culte. Le Seigneur a écouté nos prières et nous a gratifiés, la veille de la grande Fête de la Nativité du Christ, d’une grande joie : l’opportunité d'acheter notre propre église et d’en faire un espace propice pour travailler à notre salut, approfondir le lien d’amour, donner un exemple et un héritage vivant à nos enfants, en enfin, pour en faire « un lieu de guérison, de sanctification et de salut pour nous-mêmes et tous ceux viennent à nous », selon les mots de notre bien aimé Père Sophrony.

Nous avons commencé le processus d'achat d'un bâtiment (une partie d'un ancien couvent catholique) assez grand pour permettre le fonctionnement de la paroisse, mais également pour y installer une école pour nos enfants. (Plusieurs frères et sœurs de la paroisse ont créé une association qui a fondé cet automne une école privée avec une pédagogie chrétienne - l'école "Saint Silouane" - qui a pour ambition, pour nos enfants, d’être une alternative chrétienne au système scolaire officiel).

Dieu agit à travers les hommes, et nous serions ravis qu’Il puisse agir cette fois à travers vous, frères et sœurs qui lisez ces lignes.

« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux», dit la Sainte Écriture (Eccl 3,1). Il est maintenant le temps de bâtir une église.

Vous pouvez envoyer votre don à notre paroisse par virement bancaire sur le compte mentionné ci-dessous. Nous vous prions d’y ajouter un dyptique (liste des noms) destiné au grand dyptique des fondateurs et des bienfaiteurs de la paroisse.

Compte IBAN: BE03 3631 2661 8584
BIC/SWIFT: BBRUBEBB
Bénéficiaire: PORTS asbl

"Que Dieu se souvienne de tous tes sacrifices, et que Ton holocauste Lui soit agréable! Qu’Il te donne selon ton cœur et qu’Il accomplisse tous tes desseins" (Psaume 20)

Père Ciprian

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Programme liturgique

  • Posted on: 26 February 2016
  • By: delia

Samedi 
18:00 – Vêpres 
19:00 – Confessions

Dimanche
08:30 – Matines
10:00 – Divine Liturgie
12:30 – Repas convivial (chacun est demandé à apporter un goûter pour sa famille)
13:30 (environ):

  • Pour les adultes: Discussions sur des thèmes spirituels ("Sinaxa"); Présentation d'un livre spirituel ("Moment philocalique")
    • Pour les petits: Jeux pour le cœur

Pour les offices au courant de la semaine, les annonces se feront à l'église.

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Sur nous

  • Posted on: 11 September 2015
  • By: administrator

Interview de notre Père dans le Seigneur paru dans la revue « La Famille orthodoxe», no. 53 (Juin 2013).

« Le Christ est parmi nous! »

            Père, beaucoup de gens savent que le premier monastere orthodoxe roumain du Benelux (où, depuis plus d’un an habitent déjà quelques moniales) a été fondé grâce au sacrifice et au soutien matériel et spirituel de beaucoup de gens aimant Dieu à travers le monde, mais surtout d’un groupe de chrétiens rassemblés autour de vous et qui s’est constitué en véritable communauté. C’est un peu étrange qu’autour de l’église d’un monastère vive une paroisse si dynamique ! Comment tout cela a-t-il commencé ?

         Il s’agit d’une longue histoire et jusqu’à un certain point, elle est d’ordre personnel. De mon point de vue, tout cela a commencé il y a longtemps. Depuis le début, j’ai reçu, comme un don, la conscience du fait qu’un fil invisible me relie à toutes les personnes. J’ai toujours senti que quelque chose nous unit au-delà des apparences, des relations et des mots. Le fait que j’aie vécu mon enfance à la campagne où les liens entre les gens étaient, en général, plus profonds  - et les gens mêmes étaient plus profonds - a joué un rôle important à cet égard. En outre, j’étais aussi un passionné d'échecs, et j’aimais beaucoup la devise de la FIDE (la Fédération Internationale des Echecs) : «gens una sumus» («Nous sommes un seul peuple»). En ce sens, des années plus tard, j’ai apprécié John Donne, cité par Hemingway dans le titre de l’ouvrage «Pour qui sonne le glas» (For Whom the Bell Tolls?), qui dit la même chose: «La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain. Ainsi donc, n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas: c’est pour toi qu’il sonne». 

 Mais tout était à un niveau superficiel car, à l’époque, je n’étais pas croyant et je n’imaginais pas que ce rêve de vivre avec des «étrangers» comme avec ma propre famille puisse être atteint.

Quand le Seigneur m'a amené à l'Église, j’ai commencé à lire le Nouveau Testament et les écrits des Pères de l'Église dans une perspective différente. Et parmi les nombreuses choses qui me réjouissaient, j’ai trouvé l'idée que j’ai mentionnée auparavant. Elle «flotte» dans tout le Nouveau Testament, mais est clairement exprimée dans la prière sacerdotale dans l'Évangile de Jean : « Que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en Moi et Moi en Toi, afin qu'eux aussi soient un en Nous» (Jean 17, 21) ou dans les Actes : « La multitude de ceux qui avaient cru n’avait qu’un cœur et qu’une âme» (Actes 4, 32). Et je me suis dit : L'Église est l'endroit où l’on peut accomplir ce désir: être plusieurs ensemble et vivre comme une seule famille, comme un seul homme !

         J’ai alors commencé à chercher comment vivre cela. Je ne sais pas pourquoi, dans un premier temps, le Seigneur m’a caché les endroits où les chrétiens essaient de vivre comme cela. En allant d’église en église et de monastère en monastère, je n’ai trouvé nulle part cet état d’âme que je cherchais, dont je rêvais; et je n’ai pas trouvé non plus la moindre préoccupation de rechercher cet état, cette condition. Ce n’était même pas vu comme un idéal à atteindre pour la vie chrétienne, car en faire la normalité et le quotidien de la vie chrétienne, cela était trop!  Peut-être que je ne regardais pas là où il fallait, même si je parcourais de milliers de kilomètres à la recherche de cette façon de vivre en communauté. Il y avait partout des sermons et des enseignements sur l’importance d’aller à l’église, comment jeûner, comment prier, comment faire des œuvres caritatives etc. Ou encore comment faire des expériences personnelles – mais individuelles! – de la vie chrétienne. J’étais attristé et déçu et je sentais que l’on manquait l’essentiel de la vie chrétienne. Il y avait une grande différence entre l’esprit de la communauté chrétienne décrite dans les Actes et celles que je rencontrais. Je me souviens qu'à un moment donné, j’avais confessé cette tristesse à mon père spirituel de l’époque. Nous étions dans un monastère «sérieux», avec de bonnes et vraies pratiques ascétiques, mais je sentais que, même là-bas, le fait de ne pas vivre l’unité en Christ entre les frères n’était pas une raison d’inquiétude. La réponse que j’ai eue était terrible: «Ce n’est que cela qui te préoccupe ?»

Pendant un certain temps je fus très triste. J’étais chez moi comme parmi des étrangers. J’étais convaincu de la sainteté de l'Église et que le salut n’est qu’en Christ, mais je ne comprenais pas comment les formes extérieures de la piété (le respect formel des normes de l'église, la pratique du jeûne etc.) pouvaient sauver l'homme. Je ne comprenais pas comment la lutte pour respecter les commandements du Christ et l'acquisition de vertus étaient devenues des buts en soi et n’étaient plus des Voies pour atteindre la fin véritable: l'acquisition de l'Esprit Saint et les fruits qu'Il apporte: l'amour fraternel, la bonté etc. Je n’arrivais plus à concevoir le paradis: j’avais compris celui-ci dès le départ comme Amour, comme communion, mais, après avoir été concentré beaucoup de temps sur ma relation avec MON Dieu, avec MON père spirituel, MA prière, MA liturgie et éventuellement ma relation avec certains frères (peu nombreux, mais bien sélectionnés selon des «normes de qualité  spirituelle»), qui allait pouvoir m’assurer qu’avec l'entrée dans l'éternité, comme de façon magique, je commencerais à aimer mon prochain ?

Mais le Dieu bon a vu cette quête intérieure et m'a envoyé de bons confesseurs, puis m’a donné le vénérable père Sophrony d'Essex, l'homme de Dieu qui a profondément changé ma vie. Grande lumière et grande joie! J’ai lu tous ses livres, je me suis nourri de ses enseignements et j’ai repris espoir que ce dont j’avais rêvé était possible sur terre. Père Sophrony parle beaucoup de la conscience adamique (nous sommes tous des frères en Adam, notre père), de l’importance de la théologie de la personne dans la vie spirituelle; dans des «Discours spirituels» il donne à la communauté monastique rassemblée autour de lui de nombreux conseils pratiques sur la façon selon laquelle devrait vivre une communauté chrétienne, fondée sur les principes évangéliques. Et j’ose dire que par sa propre expérience d’une vie sainte il enrichit les «directives» spirituelles concernant la vie en Christ données par le saint Apôtre Paul dans ses épîtres. Sa vie fut également une vie crucifiée entre l'amour embrasé de Dieu et le service à ses frères.

Peu après, le Seigneur m'a donné un père confesseur autour duquel commençait sa vie une petite communauté dans le genre de celle imaginée par moi, mais une communauté monacale; et je me suis de nouveau réjoui.

Après quelques années, je suis arrivé en Belgique, où j'ai été ordonné prêtre. Et j'ai continué de prier, avec plus d'audace encore, que le Seigneur m'envoie des gens qui reçoivent ma conception, avec lesquels je pouvais commencer à vivre ensemble des expériences par lesquels Christ veut autant nous récompenser, nous caresser, dès cette vie, un "appât" saint qui nous attire pour mettre plus d'effort à recevoir le Règne à venir!

Et le Seigneur n'a pas tardé à m'envoyer des frères et des sœurs, un par un. Des gens avec une grande volonté de dédier leur vie entièrement à Dieu, qui ont vite compris ce que Saint Séraphim de Sarov disait: le but de la vie est l'acquisition de l'Esprit Saint et toutes les formes de vie exprimées dans la vie ecclésiastique (prière, jeûne, iconographie) devraient y être circonscrites à un seul but ultime et ne devraient pas devenir un but en soi. Que dans l’Église, il n'existe pas de relativismes. Qu'on ne vient pas à l'Église pour un confort quelconque, mais pour apprendre la vérité sur soi et sur Dieu – en tant que prémices sans lesquels il n'est pas possible d'entamer la vie spirituelle, "en esprit et en Vérité". Que le père spirituel n'est pas nécessairement le prêtre chez lequel on va se confesser à plusieurs reprises, mais celui qu'on "assume" et qui nous "assume" dans le sens qu'on sent qu'il souffre ensemble avec nous les peines de notre naissance en Dieu, selon saint Paul. Que sans une vie de veille continuelle, d'ascèse, sans confession fréquente, il y a peu de chances d'avancer spirituellement et encore moins d'être sauvés. Qu'il n'est pas possible de pratiquer une sorte de "christianisme du dimanche" (dans le sens de nous rencontrer avec certaines personnes dont on connaît le prénom, qu'on salue, près desquels on prie, et… "à la prochaine" cessant ainsi toute autre communication.

J'ai eu la chance de recevoir en don autre chose, selon mon désir. Je suis donc persuadé que Dieu donne à l'homme tout ce qu'il Lui demande, s'il cela lui est profitable, et si l'homme est sincère et cohérent dans sa recherche.

- Comment est-on arrivé à vivre ce christianisme de dimanche?

S'il y a autant de chrétiens dont les vies sont épuisées de point de vue spirituel, s'il y a autant de gens qui vont à l'église mais sont seuls et tristes (et cela, non pas par leur propre choix), je crois que la responsabilité appartient en égale mesure à ceux qui guident spirituellement ces communautés. Ils devraient transmettre à leurs frères et sœurs une vraie image de la vie en Christ – en union, en s'efforçant d'apprendre à aimer – mais aussi à leurs paroissiens, qui ne s'efforcent plus de le faire et ne demandent pas plus de la vie en Christ (dont le dicton: "chaque paroisse a le prêtre qu'elle mérite"). J'ose même qualifier ces paroisses "impersonnelles", de "petites églises" (groupes de gens liés par le milieu social dont ils proviennent tous) semblables aux monastères idiorythmiques où il n'y a que des intérêts administratifs communs. Et je ne cesse pas d'attirer l'attention des frères et des sœurs que si on perd l'esprit d'union fraternelle en Christ, nous allons devenir une paroisse idiorythmique où chacun cherche "les siens", et où, même si on dit avant le Crédo " Le Christ est parmi nous", parfois, on ment. Si on croyait qu'Il était parmi nous, la liaison entre nous aurait été différente.

-Comment acquiert-on cette fraternité en Christ dont vous parlez ?

Je peux juste vous parler comment on le cultive nous, dans notre communauté. En partant du précepte des Saints Peres que "celui qui prie seulement lorsqu’il prie, celui-là ne prie point", je maintiens aussi qu’une simple relation "de dimanche" avec les autres membres de la paroisse n’est pas une vraie relation, j’entends, spirituellement fraternelle. Ainsi, dès le début de notre communauté (lorsque près de moi il y avait seulement quelques gens dont j’étais le père confesseur) mon souci a été de demander à ces frères et sœurs de se connaître, de se rapprocher entre eux. A cette époque-là j’étais prêtre dans la plus grande paroisse de Belgique, où il y avait beaucoup de monde, venu de tous les coins de la terre et il était difficile de réaliser cette union. Il était difficile de faire un rapprochement d’ordre communautaire dans ces conditions. Et on a commencé de se réunir chez certains d’entre nous, pour des bénédictions parfois, parfois pour des prières, pour un thé, mais surtout pour commencer de nouer une famille spirituelle. Et les choses se sont déroulées d’une belle manière, les frères ont commencé à se rapprocher, à se connaître et à s’aimer.

On a vite progressé en terme de nombre, et il était de plus en plus difficile d’être "contenus" dans une seule maison. Nous avons décidé alors de chercher une église pour commencer à vivre ce qu’on désirait de tout cœur. Nous avons vite trouvé une ancienne église catholique qui avait été mise en vente, mais nous n’avons pas réussi à l’acheter. Dieu nous avait préparé quelque chose de mieux!

En Roumanie, en fin de semaine, j’allais me "recharger" les batteries dans des monastères. Et en Belgique, je ressentais le même besoin. Ainsi, dès que j’ai été fait prêtre, j’avais demandé la bénédiction de mon Métropolite pour rechercher ce genre d’endroit, qu’on puisse acheter, dans l’espoir qu’à un certain moment, on arriverait à établir une communauté monastique. J’ai trouvé plusieurs tels endroits, mais à chaque fois il y a eu des obstacles et rien ne s’est concrétisé.

Toutefois, en janvier 2011, dès que j’ai reçu la réponse négative de la part de l’église dont l’acquisition j’essayais de finaliser, je reçus l’appel téléphonique d’une amie belge (orthodoxe), qui était au courant de mes recherches pour trouver un monastère, et qui demandait si j’’étais toujours intéressée. Car justement, il y avait un tel monastère mis en vente. Il appartenait à une ancienne communauté monastique catholique de rite byzantin. La Mère de Dieu a fait alors un miracle, car la personne désignée pour s’occuper de la vente avait déjà contacté les représentants de toutes les communautés orthodoxes de Belgique et personne n’avait montré d’intérêt ; ensuite, le monastère avait déjà été vendu à un promoteur immobilier, mais un obstacle "administratif" avait empêché la finalisation de cet achat. Et ‘par hasard’, la personne en charge de la vente a appelé notre amie belge qui m’a rappelé à ce sujet.

Nous sommes alors allés voir le monastère. À ce moment-là s’est passé quelque chose de ‘surréaliste’, car je me suis retrouvé à négocier au nom de la communauté des Roumains de Belgique, alors que je n’avais le soutien que de quelques-uns d’entre eux, mes proches. C’était une sorte de « folie » qui a continué, car au moment où j’ai présenté le projet – et surtout son montant – à mon Métropolite et à quelques collègues prêtres des paroisses roumaines de Belgique, on m’a dit que la somme était trop élevée, qu’étant données les contraintes auxquelles nous sommes soumis ici, en Occident, on ne pouvait pas espérer une aide financière de la hiérarchie. Chose absolument raisonnable, mais difficile à accepter dans notre enthousiasme. A ce moment-là, on a résisté à la tentation de l’acheter ensemble, un groupe d’amis, pour en faire don à une éventuelle paroisse. On ressentait tous l’attraction et le sentiment que ce serait dommage de perdre cette occasion divine. De plus, l'église du monastère était bâtie dans un style orthodoxe russe, malgré le fait que les anciennes moniales avaient été catholiques. C'était comme si tous leurs efforts (qu'on avait appris par la suite par la seule sœur vivante, sœur Monique. De grands, même d’énormes sacrifices pour Dieu, avaient été effectués dans la discrétion, par les moniales elles-mêmes, leurs familles et proches, d'autres habitants des alentours de Namur) avaient été accomplis pour que le monastère soient acquis par des orthodoxes. Les formes familières, orthodoxes, de l'église, nous parlaient. J'ai insisté alors auprès de mon Métropolite de venir voir l’endroit et de me donner la bénédiction d’annoncer à toutes les paroisses de Belgique une campagne de collecte de fonds à ce sujet.

Lorsque le Métropolite est arrivé, lui-même s’est enthousiasmé par ce qu’il a vu et a décidé de nous soutenir, en demandant aux paroisses belges de nous aider. Cela n’a pas été facile, étant donné le délai très serré pour collecter la somme. Mais par les prières de notre Métropolite et de plusieurs frères et sœurs, par le sacrifice de plusieurs croyants de Belgique et du monde entier, la somme a été collectée juste à temps. On a reçu l’aide de la Mère de Dieu et de Saint Jean le Russe (de Grèce) l’un des "amis" de notre communauté que l’on avait prié particulièrement, lors d’un pèlerinage, et auquel on avait promis de dédier le monastère s’il nous aidait.

Le premier miracle qu’on a vécu est d’avoir reçu les clés et on a fini de nettoyer (l’endroit n’avait pas été habité depuis deux ans) juste à temps, à quelques minutes près, pour le service des vigiles de la Fête de Saint Jean le Russe, le 27 mai 2011. Ensuite, une fois commencés les offices dans le monastère (mai 2011) par la communauté des laïcs (car les moniales sont arrivées six mois plus tard), nous avons œuvré à mettre aussi à cet endroit, dès le début, le fondement que je trouve essentiel à n’importe quelle communauté: l’esprit de la fraternité en Christ.

Parmi les plus importantes décisions en ce sens ont été, à part la prière, de manger ensemble le dimanche, après la Liturgie. La sainte Liturgie est la Cène divine; l’"agape" de la communauté est le partage d’un repas spirituel est. Partage du Christ et en Christ !

Pratiquement, plusieurs groupes de familles se sont constitués et, à tour de rôle, préparent le repas pour environ 100-150 personnes – moyenne des personnes qui assistent à la Liturgie chaque dimanche. Et il y a une atmosphère de grande joie, que j’aimerais entretenir et perpétuer. Les gens ne courent pas pour manger à la maison, mais ils ont du temps pour parler, se connaître, s’enrichir. Et se réjouir ensemble. Après l’agape, tandis qu’une équipe de bénévoles enseignent aux enfants, leur transmettant la foi orthodoxe (d’une manière ludique, différente de l'esprit contraignant des "écoles du dimanche"), je propose à ceux qui veulent et peuvent rester à une conversation qu’on appelle, selon un concept du Père Séraphin Rose, "cours d’autodéfense spirituelle". On discute librement sur de divers thèmes spirituels, je présente des livres importants pour chaque chrétien, car l’homélie et la confession ne sont pas suffisantes pour pouvoir ensuite former un esprit chrétien. En plus, on diminue le risque – inhérent dans la diaspora ! – de transformer la venue à l’église en une habitude qui vise plutôt à des échanges basés sur l’appartenance nationale (car j’ai remarqué une tendance d’aller à l’église pour voir des compatriotes qu'on n'a pas pu rencontrer autrement).

-Vous croyez que la Sainte Liturgie et l’agape sont suffisantes en tant qu’expression d’une communauté spirituelle?

Bien sûr que non. Il y a d’autres choses importantes. Dans notre paroisse, l’amour qu’on porte aux Saints des prisons communistes nous rassemble également. Et je crois que ces saints peuvent constituer pour nous des modèles extraordinaires. Radu Gyr, le grand poète emprisonné, écrivait : "en prison, j’ai appris à vif ce que véritablement veut dire être chrétien!". Et je crois que c’est entre ces deux coordonnées – à vif et véritablement – que se passe le drame de la vie et de la mort de plusieurs des prisonniers du communisme. Et en vérité, je suis convaincu que c’est entre ces deux nuances que se joue la mise de notre salut, du passage du stade moral à celui, spirituel, de la vie chrétienne. Ce que je trouve impressionnant aussi chez les Saints des prisons communistes roumaines est aussi leur esprit de sacrifice, et je me réjouis de la bonne compréhension de l'importance du fait que c’est seulement par le sacrifice que l’on peut poser un bon fondement. Sans sacrifice, rien n'est possible. Il y a beaucoup de choses que j'ai vécues avec mes frères et sœurs, choses dont je me suis réjoui et qui ont été pour moi sources d’humilité, mais je ne vais pas les mentionner, pour ne troubler l'état spirituel de personne.

En deuxième lieu, je vous disais que depuis le début je souhaitais nous rapprocher les uns des autres du point de vue spirituel et j’avais donc proposé aux frères une rencontre pour prier ensemble, la prière dite « de 23 heures » (lheure de Roumanie). La parole ‘rencontre en prière’ est très forte, mais essentiellement parlant, j’avais en vue les paroles de notre Seigneur : ‘Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux’. Comme, entre-temps, plusieurs d’entre nous se sont mariés et il est alors plus difficile de respecter une certaine heure, j’ai dit que cette heure de 23 heures pourrait être une heure générique. Il faut néanmoins se rassembler devant le Seigneur chaque soir, chacun là où on se trouve. Il faut dire un peu la prière de Jésus et la prière d’union autour du père confesseur du Père Sophrony d’Essex, où on nomme tous ceux qui sont autour de notre communauté. La prière qui contient l’essence même de l’idée de l’union: ‘fais de nous véritablement une confrérie, en vivant comme un seul cœur, d’un seul amour, comme un seul homme, selon Ton conseil celui d’avant les siècles pour Adam, le premier né’.

Ensuite, à chaque fois que quelqu’un de nous ou de notre famille traversait une difficulté, je leur demandais de me l’annoncer et nous nous engagerons tous à faire une prière (en général, on se partageait quelques nuits, vu que nous étions nombreux, et nous nous partagions le Psautier de manière à le lire incessamment). De cette manière, à la suite de ces expériences, le Seigneur nous a réjoui plusieurs fois par des miracles, pour renforcer notre foi.

En partant de l’idée de la règle de prière commune et inspirée par ce que j’avais lu des vies des Saints des prisons communistes, comme ils priaient même dans des conditions de détention, j’ai proposé à notre communauté de faire à chaque commencement du mois une ‘chandelle’ de la prière. Concrètement, j’avais proposé, autant de nuits qu’on le pouvait, de choisir une heure pendant laquelle on priait – pour eux et leurs familles, pour la communauté, pour le monde, en essayant de ne pas laisser la prière s’éteindre plusieurs nuits. Lorsqu’on terminait son heure de prière et que l’on allait se coucher, un autre se réveillait et allumait sa ‘chandelle’. Cela nous a apporté beaucoup de joie et nous a rapproché du Christ, car il y a beaucoup de don de l’Esprit Saint ces nuits-là, où on se sent responsable pour chacun de nos frères de notre communauté, de nos frères chrétiens qui dorment à cette heure-ci en étant, peut être, le seul qui se trouve devant Dieu au nom de tous.

 Et – ce n’est pas moindre - pour nous mettre à l’abri du péril de l’égoïsme individuel et de l’égoïsme de communauté (car on reste toujours dans une forme d’égoïsme si on pense seulement à ‘nous’, même si on est plusieurs, notre communauté) et pour élargir nous aussi nos cœur selon Saint Paul, nous avons commencé à transmettre à nos proches en Seigneur les messages que je recevais des amis du monde entier avec des demandes de prières pour des gens qui ont particulièrement besoin d’être commémorés devant le Seigneur dans la prière. Et il me semble que l’on a ainsi une chance extraordinaire – de nous faire co-travailleurs avec Dieu pour que Sa volonté se fasse dans la vie de quelqu'un, en commençant ainsi de cultiver en nous une conscience ‘adamique’ tout comme je le mentionnais au début. De plus, de cette façon on réalise qu’en comparaison avec les souffrances d’autres gens, nos petits bobos sont insignifiants.

-Père, pour résumer: qu’est-ce que doit, qu’est-ce que devrait, être une paroisse ?

Personnellement, je suis totalement d’accord avec la vision de Mgr Hiérotheos Vlahos. Chaque homme éloigné de Dieu est un malade, spirituellement parlant. La paroisse est un ‘hôpital spirituel’, le but de sa constitution étant unique, à savoir, la guérison spirituelle de ses membres, la sanctification, la déification de ceux qui la forment. Tout autre but, d’ordre national, politiquement-ecclésial ou social représente une dénaturation de la vraie idée de paroisse. Et, malheureusement, en Occident, il y a beaucoup de tels contre-exemples. Bien qu’on se soit habitué aux images des paroisses qui constituent un ‘rassemblement de gens qui viennent à la même église (bâtiment)’ (‘idiorythmiques’, l’appellerais-je), la chose est plus grave qu’il ne paraît. Car chaque prêtre, chaque paroisse sans une telle vision, confisque à ses membres la chance de comprendre correctement ce que l’Église peut leur offrir, et il faut tenir compte de l’emprise que peut avoir sur eux une telle grave illusion qui a pour résultat de tenir le chrétien loin de Dieu.

La paroisse est une grande famille, rassemblée autour d’un père spirituel, en ayant en son centre Christ et en luttant pour guérir des passions en accomplissant les commandements par l’obéissance au père confesseur. Et le père-prêtre doit être le médecin de cet hôpital.

Il est du devoir du père spirituel d’imprégner ceux des ces membres de la communauté qui veulent effectivement vivre selon la pensée de l’Église, de l’idée de ‘partager’ Seigneur dans une compréhension correcte, orthodoxe. De les aider à comprendre qu’il n’existe pas de chrétien adogmatique, non-ecclésial et non-ascétique (selon Père Sophrony). Il faut qu’il les aide à former une conscience chrétienne universelle, à l’aide de laquelle chacun devient conscient que tant les œuvres de charité que les péchés qu’il commis ont des répercussions sur sa famille spirituelle et sa famille naturelle et, en fin de compte, sur le monde entier. 

Comment voyiez-vous l’avenir de votre communauté ?

Je n’en projette aucun. Ce qui est important c’est le présent. Pour lequel je suis entièrement reconnaissant à mon Métropolite et à mes frères et sœurs parmi lesquels le Seigneur m’a placé et par l’intermédiaire desquels Il m’a donné tout cela. J’ai la conscience que ce n’est pas pour nos mérites, mais pour nos innombrables fautes que le Seigneur nous accorde de tels dons.  

Mon devoir est de vivre aujourd’hui sans péché. Et s’il arrivait que demain tout finisse, pour une raison quelconque, je resterai avec une grande joie: celle de savoir qu’on peut vivre  dans cette vie ce genre de rapprochement, cette communion avec les frères en Christ. Que cet état, auquel j’ai tant rêvé autrefois, il est réalisable. Que tout peut être fait, en notre Seigneur Christ notre Dieu, Celui qui nous donne toute force.

Tout – en Christ!  

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Dimanche 3 novembre, à 14:30, nous vous invitons à la conference „La joie de la vie en Christ” autour de Monseigneur Macaire, L'Evêque de l'Europe de Nord

  • Posted on: 27 October 2019
  • By: paul

Dimanche 3 novembre, à 14:30, nous vous invitons à la conference

La joie de la vie en Christ”

autour de

Monseigneur Macaire,

L'Evêque de l'Europe de Nord

 

 

 

Notre adresse:

Sint-Jansbergsteenweg 44A, 3040 HULDENBERG (Loonbeek)

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Rencontre avec sœur Monique - 18 mars 2012

  • Posted on: 24 February 2017
  • By: delia

Père Ciprian : Nous avons aujourd'hui l'occasion d'une rencontre avec sœur Monique, l’une des sœurs qui ont fondé ce lieu de prière, de sacrifice, ce lieu que Dieu pour Ses raisons a trouvé bon de nous le donner. Nous sommes très reconnaissants et heureux de l'avoir aujourd'hui parmi nous. C'est très important de savoir comment tout à commencé ici. Nous nous sommes retrouvés dans un endroit sans connaître l'histoire et je pense que, humainement, chrétiennement, la façon correcte de vivre dans un tel endroit commencerait peut-être à partir de ses origines. On va vous demander de nous parler un peu de l'histoire de cet endroit, de votre communauté...

Sœur Monique : Mère Colomba qui était dans l'abbaye bénédictine de Liège a été envoyée à Chevetogne – à Béthanie, en dehors du monastère des hommes - en 1957 pour voir si parmi les jeunes filles qui étaient là-bas il y en avait qui promettaient pour la vie religieuse. Moi, j'étais depuis 1958 là-bas. J’enseignais à Liège, j'étais professeure à Rochefort. Je voulais porter l'habit religieux mais mes parents se sont opposés, je ne voulais pas les abandonner, j'ai dû patienter pendant huit ans. Mais je l'ai fait quand-même parce que je ne voulais pas les brusquer et alors, après huit ans, ils ont accepté. Et je suis donc entrée à Chevetogne en 1969. J'avais 31 ans. Mais j'ai continué néanmoins à enseigner à l'État parce que j'étais dans un lycée d'état, j'ai continué à enseigner malgré tout. J'étais donc à Béthanie et j'enseignais tous les jours à Rochefort. Je n'ai pas toujours été bien accueillie mais ils ont fait une exception ; moi j'étais contente, je me plaisais bien à Rochefort.

            En 1969, au mois d’août, nous avons décidé, suite à des difficultés avec Chevetogne, à partir et venir nous installer à Namur où il y avait un père jésuite qui nous connaissait bien, qui pouvait célébrer la liturgie en russe et nous étions invitées à assister à la liturgie, de chanter avec eux. Nous avons trouvé une maison à louer à Namur avec un petit jardin. Nous avons pu y aménager une petite chapelle car le frère de mère Colomba qui était dans les construction a essayé de nous bâtir une petite chapelle. Évidemment, il fallait gagner sa vie, il fallait vivre – moi je continuais à travailler comme professeure, tandis que sœur Pascale faisait des ménages chez des familles ; on avait une sœur anglaise, Véronique, qui était infirmière et qui a aussi trouvé une place à Gembloux dans un hôpital, à mi-temps. Je l'amenais tous les jours à la gare de Gembloux pour cela et elle était infirmière dans un petit hôpital. Une autre sœur, Mathilde, qui était irlandaise et avait des problèmes avec les yeux travaillait dans la cuisine, on a eu aussi une autre jeune fille qui était professeure, elle était malade et elle n'est pas restée. On était donc cinq. Une autre était aide familiale, elle a gagné sa vie comme cela. On cherchait encore une maison près de Namur mais on n'a pas trouvé, c'était trop cher, c'était trop petit, c'était trop loin. Et le frère de mère Colomba qui travaillait dans la construction nous a dit que si l’on trouve un terrain, il nous aidera peut-être à faire quelque chose avec les anciens ouvriers.

          Nous nous sommes constituées en ASBL (association sans but lucratif) en 1972. Si on nous faisait un don, il fallait pouvoir se justifier de ce don, ce qu'on a fait avec. Alors, donc on a cherché un terrain. Sœur Mathilde, qui ne voyait presque plus, a fait une neuvaine (neuf jours de prière) et, à la fin de la neuvaine, elle nous a dit : « Mère Colomba, on prend la voiture et on va voir ! » Nous avons pris la route qui menait à Saint Marc. Nous avons rencontré quelqu'un et nous avons demandé s'il connaissait des terrains à vendre dans la région. Il a répondu : « Non, tout est vendu, mais le monsieur qui est là sous son tracteur est un baron, son père a des terrains à Vedrin, peut-être qu'il pourrait vous en vendre un ». Nous sommes donc aller trouver le monsieur sur son tracteur et il nous dit : « Oui, mon père a des terrains, je vais vous les montrer ». Puis il est venu nous montrer quelques terrains par ici, mais c'était des 'zones vertes', pendant dix ans on ne pouvait pas construire. Il fallait une permission spéciale.

           Alors nous avons été trouver le père du baron dans son château et nous lui avons dit qu'on aimerait bien avoir le terrain ici, mais qu'il nous fallait une permission pour construire. Il nous a donné exactement trois semaines de repli pour trouver une solution. Nous nous sommes  renseigné ; il fallait contacter un certain ministre et avoir son autorisation. Mais comment ? Nous ne le connaissions pas. Alors que nous étions à Namur, un monsieur vint nous visiter, qui nous a dit que si jamais nous avons un problème, il nous donne son numéro de téléphone. Nous appelons son numéro son numéro et on nous dit : « Il a eu un accident, il est plâtré, mais il revient lundi ». Nous lui avons téléphoné à nouveau et il nous dit qu'il a un ami qui est lui-même ami de ce ministre. Et cinq jours après, nous avons reçu la permission de construire soit un monastère, soit une ferme. Il nous restait un jour pour aller chez le baron et lui dire oui. C'était une merveille que le Seigneur a fait ! C'était en 1976.

       On a posé les fondations, il faisait très sec, je me rappelle que c'était une terre argileuse. Le monsieur qui nous aidait a été écrasé par sa machine. Nous voulions construire tout d'abord la chapelle. On a donc commencé à bâtir la chapelle et, après, nous avons fait toutes les fondations, mais c'était tout d'abord la chapelle qui était la plus importante pour nous. Je sais qu'une après-midi j'ai descendu 80 brouettes  de terre pour les fondations de la chapelle.

            Après ça nous voulions construire le monastère,  mais nous n’avions les fonds que pour la chapelle. Nous nous sommes posé la question: « Qu'est ce qu'on fait ? Il faut faire un toit, même provisoire ». C’est alors que nous avons reçu un don d'une amie qui travaillait depuis longtemps au Congo, qui était médecin chirurgien. Elle nous a fait un don qui nous a permis de faire toute la construction, sans toutefois l’aménagement intérieur. Il fallait vivre sans rien à l’intérieur. Par exemple, dans cette salle (la grande salle à manger, la salle des conférences) nous étions quatre à dormir, avec des cloisons et une table. Et deux autres étaient dans deux autres pièces. On était six en tout. C'était en 1979, donc trois ans après.

          Puis on a pu faire les chambres au premier étage, mais il n’y avait ni portes,  ni salles de bain, ni rien. Tout ce bois que vous voyez à l’intérieur a été posé par un cousin de mère Colomba qui pendant  dix ans (dix ans!), chaque samedi, venait avec sa femme de Bruxelles pour posertout le bois. Ils ont tout fait, dans toute la maison. Tout ce qui est en bois a été fait par le cousin et sa femme. Et les plafonds aussi. Ils ont tout fait, les couleurs aussi, c'était eux qui ont fait la peinture. En outre, ils apportaient leurs repas aussi à chaque fois pour ne nous pas faire des dépenses.

            Alors, c'est ainsi que nous sommes arrivées ici, providentiellement.

         Et quand on voulait vendre notre monastère (vous l’avez su, je le crois, par Mme Andrée), quand vous avez appelé Mgr Gryson, nous étions occupées avec un promoteur qui voulait faire ici une maison familiale – quelques appartements et maisons à côté. Nous n'étions pas d'accord et avons refusé. Cela convenait à r un monastère, une maison communautaire et c'est grâce à ça que vous avez pu avoir ce lieu. Et moi je remercie le Seigneur tous les jours que ce soit vous qui êtes là.

Père Ciprian : Et concernant votre vie ici, pendant les années de calme, qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?

Sœur Monique : Nous nous levions tôt. Moi, je commençais mes cours à l'école parfois à 7h du matin, je ne voulais pas enseigner l'après-midi, aussi, il fallait tout faire de très tôt le matin, préparer des feuilles dactylographiées etc. Je préparais cela de 7h00 à 8h20 et à 8h20 je commençais les cours. Il fallait donc faire les offices très tôt, on commençait à 5h00 du matin avec les matines et les laudes. Lorsque nous étions malades on lisait les Heures dans notre chambre. C'est cela que mère Colomba a fait vers la fin de sa vie car elle ne pouvait plus se lever du lit. Pendant 5 ans et 8 mois elle n'a pu rien manger, ni boire, elle était soignée au lit. Elle avait une sonde dans l'estomac et il fallait lui mettre un liquide spécial. Mais quand on demandait comment ça allait, elle s'était jamais plainte. « J'attends », elle disait. « Oui, vous attendez l'appel du Seigneur, mais je souhaite qu'Il ne soit pas très pressé, car je n'ai pas encore fini ma comptabilité », lui disais-je moi-même. J'avais installé tout le bureau dans sa chambre, elle m'enseignait la comptabilité pour pouvoir continuer avec l'administration du monastère. Moi je dormais dans la même chambre qu’elle, je la soignais. Il y avait encore deux sœurs et la mère supérieure. Mère Colomba était d'une vitalité impressionnante. Nous on se relayait entre nous pour pouvoir la soigner. Il y avait une sœur venue de Suisse, sœur Olga, qui a peint toutes les icônes de la chapelle. Mère Colomba avait aussi une nièce qui était médecin en Afrique et qui est venue et l'a soignée les derniers temps. Six heures lui ont été nécessaires pour qu'elle parte. Je n’ai jamais vu quelqu'un mourir comme ça. On a prié, on a chanté, on était tout un petit groupe, elle avait toutes ses amies auprès d'elle. Par la providence de Dieu j'ai été pensionnée un mois avant qu'elle parte et comme ça j'ai pu être avec elle tout le temps.

            Après, je suis restée avec sœur Pascale encore 9 ans, sœur Pascale qui savait tout faire ….vous lui donniez du bois, vous lui demandiez de faire un mur, une armoire ou n'importe quoi d’autre, elle savait tout faire; vous lui demandiez de broder la chose la plus fine, elle savait le faire. Elle a eu plusieurs AVCs et c'est pour cela que je ne dormais pas très bien, sachant qu'elle tombait parfois la nuit. Et un jour, une semaine avant Noël, elle était fatiguée, je lui ai dit d'aller se reposer. Plus tard j'ai frappé à la porte de sa chambre, je l'ouvre et je la trouve sur son lit....comme ça, souriante. Elle se nommait Pascale car elle venait d'Alsace et son nom de famille, en allemand, avait cette signification 'jour de Pâques' et on a gardé ce nom pour sa profession monastique.

                 Après la mort de sœur Pascale je suis restée ici encore deux ans, mais c'était très difficile,  j'étais toute seule, j'allais à la Liturgie à Bruxelles ou à Chevetogne. Je suis tombée malade et, vers la fin, mon médecin m'a dit qu'il fallait renoncer, mais je ne savais pas quoi faire, où aller. Depuis deux ans. j'ai trouvé une nouvelle communauté, Les petites sœurs des pauvres, dans une maison de repos catholique. J'ai dû me réhabituer à la liturgie catholique, latine, car chez nous à Vedrin on célébrait la liturgie orthodoxe, en français, avec des mélodies slaves.

               Question : Le prêtre qui célébrait ici, c'était qui ?

                Sœur Monique : Il y avait Mgr Gryson, il y avait une autre prêtre qui venait de Liège, un jésuite, qui avait aussi la permission de célébrer en rite byzantin ;  il y avait aussi un prêtre de Chevetogne qui venait, c'était toute une répartition. C'était vers la fin, lorsque j'étais toute seule, que c'était difficile et je devais me rendre à Bruxelles, Chevetogne ou Liège.

             Question : Il y avait des laïcs qui venaient ici ?

             Sœur Monique : Oui, bien sûr. Ils étaient avec nous, ils chantaient avec nous, c'était ouvert. Il y avait des personnes qui venaient peindre des icônes, des autres qui venaient prier. Pas de choses très bien organisées parce que nous n’étions toujours pas nombreuses.

         Question : Pour l'architecture de l'église vous avez fait appel à un spécialiste de Russie ou comment avez-vous réussi de le bâtir dans le style russe ?

       Sœur Monique :  C'était le frère de la Mère Colomba qui a fait les plans de l'église, avec l'iconostase aussi. Mais ils avait fait également appel à un architecte qui s'occupait à la fois du cimetière de Namur. Ils avaient donc fait tous les plans et après trouvé un menuiser à Dinant qui n'avait jamais fait ça.

             Question : Comment avez-vous choisi le rite byzantin et pourquoi ? Vous-êtes allée en Russie ou comment ?  

        Sœur Monique : Je ne suis jamais allée en Russie, les autres oui, mais moi non. C'était à Pâques une fois. J'avais déjà décidé d’entrer dans un monastère mais je ne savais pas très bien où, j'avais visité plusieurs monastères, mes parents n'étaient pas d'accord, j'ai dû attendre. Un jour, une amie m'a dit qu'elle voulait visiter le monastère de Chevetogne le 6 janvier (la fête du Baptême du Seigneur), nous y sommes allés, nous avons assisté aux offices et j'ai vu que c'était beau. Mère Colomba était déjà là-bas avec les sœurs et elle nous a dit : « Si cela vous intéresse, venez nous visiter le 2 février (la fête du Présentation du Seigneur au Temple)». Cela me plaisait bien. Elle nous a dit de revenir encore pour Pâques. Mes parents ne voulaient pas, mais finalement ils ont accepté que je passe la nuit de Pâques là-bas. C'est comme ça que j'ai connu le rite byzantin qui m'a beaucoup touché. C'était la nuit de Pâques que j'ai fait ma découverte.

           Père Ciprian : C'est que Mgr disait aussi : qu'il n'a jamais pleuré pendant la Semaine Sainte avant de connaître le rite byzantin. C'est très touchant .

           … Parlez-nous de vos autres expériences, comme par exemple le Vietnam.

      Sœur Monique : C'était pendant la guerre de Vietnam. Mère Colomba avait une amie australienne qui se dévouait au Vietnam pour recueillir des bébés abandonnés. C'était la guerre ; elle récoltait tous les bébés et essayait de les faire adopter (ceux qui étaient adoptables, les autres étaient soignés) ; elle donnait du travail aux femmes qui voulaient aller au Vietnam et se dévouer gratuitement aux besoins de là-bas. Quand ces enfants étaient adoptés – c'était en France, en Allemagne, en Italie, en Belgique et aussi aux États-Unis – il fallait qu'on les ramène. C'était toujours dans des grands avions de 150 personnes, c'était un voyage qui de Saïgon à Paris durait 24 heures, avec des escales. On transportait chaque fois 12 bébés. Mère Colomba avait fait neuf voyages comme ça. Elle en a sauvé beaucoup. Une fois je suis allée avec elle. Il y a avait un bébé, une petite fille, qui devait venir en, on l'a appelé T. Elle est aujourd'hui aide-soignante à l'hôpital de Namur....39-40 ans sont passés et on se rencontre toujours. Je l'ai eue comme élève aussi.

Nous avions aussi la possibilité d'envoyer des choses à Saïgon et cela nous faisait plaisir de pouvoir envoyer des médicaments. Il y avait une dame à Paris qui s’est rendue dans tous les bureaux d’une compagnie aérienne (c'était Air France) pour essayer d’obtenir à chaque transport un numéro de kilos gratuits. Il y avait 3 transports par semaine et nous avons réussi a transporter 150 kg gratuits par vol, parmi lesquels beaucoup de médicaments. Il y avait une pharmacie en Belgique qui nous a donnait beaucoup de médicaments mais il fallait qu'on les ramène à Paris.  Une fois, alors que nous transportions les médicaments dans le coffre, nous sommes arrivés à la frontière, sans avoir la permission de les transporter. Les vêtements étaient permis, mais non les médicaments. Nous avons fait les « innocentes », et avons demandé comment nous pouvions faire pour transporter légalement des médicaments avec les vêtements ? On nous donna une adresse à Paris, et nous avons reçu une réponse d'une dame libanaise qui était inspectrice. Il était possible de le faire, c'était permis, à condition de toujours s’arrêter à la frontière et d’ouvrir chaque boîte déclarée et la faire inspecter. Nous sommes passées chaque fois, mais avec des émotions.

A l'école les enfants nous demandaient : « Est-ce que l’on peut donner quelque chose, Madame, aux enfants de Vietnam ? » Je disais : « Oui, il y en a qui ne savent pas grande chose. Ils ne savent pas qu'est-ce c'est le chocolat, ni un crayon, ni rien ». Le lendemain, croyez-moi, j'avais 300 barres de chocolat et 300 stylos sur la table. Quand on les a distribué au Vietnam c'était.....à pleurer. 

Nous avons fait également des convois humanitaires pour la Pologne. Nous avions un minibus, nous partions à deux, mère Colomba et moi. En Allemagne d'Est, ce n'était pas facile de passer. Il fallait tout sortir de la voiture, 650 kg de marchandises et les faire contrôler ou passer aux rayons X.  Il fallait rouler tout le temps, on ne pouvait pas s’arrêter. Une fois, nous sommes restées trois heures à la frontière avec les Allemands, avec  les chiens de contrôle. Ils ne voulaient pas nous aider pour faire descendre les marchandises de la voiture ; d'autres fois, nous sommes restées sans essence, c'était difficile. 

Dans plusieurs de nos actions, on a eu le soutien de Mgr Basile Krivocheine, l'archévêque orthodoxe russe de Bruxelles qui nous rendait visite à Vedrin.

Père Ciprian: Le christianisme c'est le sacrifice....

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Français

L'amour est le sceau de la Vérité

  • Posted on: 16 August 2016
  • By: delia

Article paru dans la revue "Familia ortodoxa", no. 87 (avril, 2016).

Une année après la dormition du Père Silouane Osseel

19 avril 2015

Je le regardais et je ne pouvais pas comprendre : comment est-t-il possible qu’il existe une telle personne ?

Je lui posais des questions et, avant qu'il ne dise un mot, il fermait ses yeux, il gardait quelques moments de silence, approfondi (ou, plutôt, enfoncé) dans la prière clignant des yeux, en regardant quelque part à l'intérieur – et il répondait de là-bas, de son intérieur.

Je me trouvais devant une prière incarnée – et quelle prière ! J'étais étonné, attendant de le voir dans un état de l'âme habituel, même pour quelques secondes. Pourtant, il gardait toujours cette tension (spirituelle). Il brûlait.

"Les parfaits ne disent rien d'eux-mêmes, mais seulement ce que l'Esprit leur donne", disait un jour le Saint dont le nom sera porté par le père Silouane Osseel, dans son passage à l'Orthodoxie. Nous vous avons présenté l'interview avec ce juste il y a quatre ans. Nous avons ensuite entendu qu'il a changé la vie de quelques-uns qui sont allés le chercher – et ils l'ont trouvé -  en même temps ils ont trouvé Dieu. Allons rencontrer de nouveau le Père, cette fois par les paroles de l’un de ses proches disciples, Père Ciprian de Belgique, dans son homélie prêchée il y a un an, juste après le départ du Père Silouane aux Cieux. Attachez vos ceintures! Nous allons voler! (A.S.)

Frères et sœurs en Christ, l'Église a établi de lire aujourd'hui à la Liturgie le péricope de l'Évangile selon St Marc où l'ange apparait aux femmes myrrhophores pour leur annoncer la Résurrection de Dieu. Je ne vais pas vous parler de cela aujourd'hui, mais d'une autre confirmation de la Résurrection. Les Myrrhophores sont allées soigner un corps mort et elles ont rencontré la Résurrection. Cette chose, nous l'avons également vécue ces dernières jours: nous sommes allés veiller un être cher qui est décédé et nous sommes rentrés chez nous assurés que nous sommes immortels, que Dieu a tant d'amour pour l'être humain, que "l'amour est aussi fort que la mort" Cantique des cantiques8:6, qu'il n'y a pas de séparation en Christ. Nous sommes rentrés assurés qu'on peut vivre sans cesse, dans l'Église, ce moment bouleversant évoqué par l'Évangile qu'on a lu aujourd'hui: la mort est vaincue!

Le dimanche passé, le Dimanche de Thomas, l’un des grands Pères de nos jours, de ce côté du monde, est parti à Dieu: Père Silouane de Gand, qui célébrait les Liturgies à Eindhoven, aux Pays-Bas. Je dis qu'il est un grand Père puisqu'on ne sait pas grand-chose à propos de l'Orthodoxie de l'Occident ; pourtant, de nombreuses personnes ont entendu de Père Silouane: ici, en Roumanie et dans le monde orthodoxe entier. Cela est aussi dû au fait qu'il a été disciple du Bienheureux Sophrony d'Essex; cependant, c'est sa vie qui l’a fait connaître.  C'est pourquoi, je voudrais dire quelques mots de Père Silouane…

Assoiffé de la Vérité

Premièrement, le Père a cherché tout sa vie la Vérité. Il était catholique, il essayait de pénétrer les profondeurs du christianisme mais il n'était pas satisfait de ce qu'il vivait. Ce mécontentement l'a déterminé à prier, à demander à Dieu de l'amener à Sa Connaissance. Après nombreuses recherches, après avoir lu le livre sur la vie de Saint Silouane, sa soif de Vérité l'a porté à un moment de sa vie en Angleterre, à Essex, pour rencontrer Père Sophrony, le disciple de Saint Silouane. Ici il s'est rendu compte qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait depuis des années: il avait trouvé la vraie et unique Église. Il s'est ainsi décidé à devenir orthodoxe.

Je vous disais alors, quand il est venu pour la première fois chez nous, dans notre paroisse, comment on transmet le plus authentiquement notre foi. Il arrive rarement que les gens connaissent le Christ par une révélation extraordinaire; pour la plupart de gens, il y a une filiation spirituelle: la foi se transmet du père (guide spirituel) au fils. Je disais alors, qu'un jour, quand saint Silouane priait de tout son cœur, assoiffé de Vérité, le Christ Lui-même, en personne, S'est montré à lui, prenant la place de l'icône que le moine Silouane regardait, le regard du Christ est resté dans son cœur tout sa vie et le moine deviendrait – après cet échange de regards – le grand Saint Silouane.

Plus tard, deux autres regards se sont rencontrés, dans la cour du monastère Saint-Pantéléimon du Mont Athos: celui de Saint Silouane et celui du Père Sophrony (Père Sophrony se rappelait de la place exacte où ils se sont rencontrés pour la première fois). Père Sophrony – qui lui-même avait déjà vécu l'expérience de la Lumière incréée et des "visites" de Dieu –a acquis une connaissance complètement autre des questions spirituelles, il a compris plusieurs choses qu'il n’avait pas saisies auparavant et sa vie a pris un autre cours.

Au fil du temps, deux autres regards se sont rencontrés: celui du Père Sophrony et celui du Père Silouane de Eindhoven. Après cette rencontre, celui-ci n'est plus resté le même: il est devenu orthodoxe, puis prêtre, en vivant et en se nourrissant de cette expérience – le rencontre avec l'homme de Dieu, le Père Sophrony. C'est une chose vue et sentie par tous ceux qui l'ont connu. Et je souligne tout cela parce qu'il est important de retenir que toutes les rencontres, durant la vie de chaque personne, font partie de la Providence de Dieu, et notre devoir est de les rendre providentielles, de laisser Dieu agir par elles. Nous ne rencontrons aucune personne par hasard – comme on dit, "j'ai eu de la chance" ou "voilà quelle coïncidence", il n’y rien de cela. Il dépend de nous de laisser la place à Dieu dans cette rencontre, de renaître par chaque personne que nous rencontrons en Christ; cela dépend de nous: dans le cas où nous luttons pour garder les bienfaits que cette personne nous a offerts, comme dans le cas où nous prenons une position chrétienne face à celui qui nous ment, qui nous heurte ou qui nous trahit (y compris ces rencontres avec les gens par lesquels travaille le diable, des rencontres qui peuvent donner naissance à la Résurrection de nos âmes, si nous les vivons par le Saint Esprit).

« Nous allons prier ensemble »

Ce qui était extrêmement frappant pour moi chez Père Silouane, c’est que je ne l'avais jamais entendu parler de banalités. Il ne parlait jamais de lui-même en dehors de sa relation en Christ, ayant en son cœur beaucoup d'amour et de compréhension envers le peuple, beaucoup de pénitence envers lui-même, et beaucoup de fermeté vis-à-vis de toute déviation de la Vérité et de l'Amour. Il savait se poser en-dessous de tous mais il savait également imposer son point de vue. Il se repentait toujours pour ses péchés et il savait toujours te pousser vers le Ciel. Et tout cela puisque le Christ était vivant en lui. J'ai la conviction qu'il avait la prière incessante, la Prière du cœur – sa plus prière la plus chère. J'ai les témoignages de deux personnes qui l'ont connu pour confirmer cela.

L’un de celles-ci est un prêtre qui, en célébrant la Divine Liturgie avec le Père, a commencé sentir son cœur brûler, et la prière "Seigneur, Jésus Christ, aie pitié de moi!" vint soudain toute seule dans son cœur, sans arrêt et sans aucun effort.

Un deuxième témoignage, digne de confiance: l’un des ses amis, à l'époque où il n'était pas encore orthodoxe, était très égaré et avait l'esprit malade. Ayant entendu parler de Père Silouane, il est allé le rencontrer et lui demander secours. Le Père lui a dit qu'il devait prier et il lui a répondu: "Père, mon cœur est endurci, je ne peux  rien faire, plus rien, je ne peux pas prier". Alors, le Père a pris sa main et lui a dit: "Nous allons prier ensemble". Et depuis ce jour-là cet homme est ressuscité, il prie et tous ceux qui le connaissent témoignent qu'il émane la prière.

C'est là l'œuvre du Christ, par notre Père Silouane, qui lui a insufflé l'œuvre de la Prière du cœur. Et quelqu’un me racontait qu'il avait posé cette question à la personne dont on parle (plus haut): "Qu'est ce-que tu fais quand tu ne peux pas prier?" et il a répondu avec un regard terrifié: "Comment ne pas prier?!". Il ne pouvait pas s'imaginer – il a répondu, effrayé : "Comment puis-je ne pas prier?!". Il avait compris ce que Père Silouane lui avait montré: même si nous sommes vivants, nous sommes morts sans prière; même si par le corps nous nous trouvons à l'église, nous ne sommes nulle part sans prière; même si nous faisons formellement partie de l'Église, si nous ne prions pas avec le désespoir, avec la conscience que sans le Christ nous allons dans l'enfer, il n'y a pas d’issue et il n'y a pas de possibilité d'être sauvés; le salut est justement quand le Christ demeure dans nos cœurs. Et cela n'est pas possible sans prière.

« Nous sommes nous deux et le Christ en éternité »

J'ose dire que Père Silouane est l’un des grands Pères pratiquants de la Philocalie de nos jours: j'ai entendu de lui autant de grandes paroles, et belles, qui font vibrer l'âme, des mots nés de sa propre vie qu'il vivait, et pas des paroles des lectures!

Par exemple, à la confession, il commençait par une prière libre envers le Christ, où il se mettait lui-même en-dessous de toute la création; cela était le début de sa confession, et il t'aidait aussi à savoir où tu te trouvais, en disant: "Réfléchis bien, nous sommes nous deux et le Christ dans l’éternité. Personne et rien n'a plus d'importance, ni ce qui s'est passé. Nous commençons d'ici". Avec cette attitude, on évite de glisser (dans le cadre de la confession) dans la recherche de consolations psychologiques ou de solutions "magiques" à nos problèmes (c’est-à-dire qu’il serait possible que le père spirituel nous donne "quelque chose" pour résoudre notre problème, sans effort de notre part) – ce qui est une lourde erreur: nous fatiguons ainsi inutilement nos pères spirituels, nous volons leur temps et nous ne croissons pas spirituellement. S'il nous semble que le temps passe en vain, sans une guérison de nos passions, essayons de saisir, avant tout – plutôt que de nous justifier et de chercher toutes sortes d'explications à nos chutes répétées, accusant tout le monde: le père spirituel, les frères, voire Dieu Lui-même – si nous savons comment nous confesser; osons le demander à nos pères, demandons-le à Dieu.

Dans la confession, le Père nous aidait à vivre ce que nous savions de la théorie des livres lus: que la confession n'est pas la place où nous vidons nos sacs de péchés pour continuer tranquillement notre vie (et à accomplir nos péchés),  mais que c'est par contre la place où nous allons pour nous guérir, pour retirer tout ce qui nous sépare du Christ et des hommes, et pour apprendre la volonté de Dieu dans les aspects importants de notre vie. L'attitude du Père Silouane à la confession t'aidait à acquérir cette mentalité. De tout façon, il ne se cachait pas: durant la confession, il prononçait avec les lèvres, continuellement: "Seigneur, Jésus Christ, aie pitié de moi!". Et tu disais ce que tu devais dire, il priait et, s'il avait un mot de Dieu, une révélation, il disait ce que lui arrivait; sinon, il ne disait rien mais toi – tu partais vraiment libéré – par ses prières du médiateur entre toi et Dieu -  et tu sentais vraiment qu'on travaille pour la guérison de ton cœur.

« Que dois-je faire: devenir moine ou me marier? »

Pour nous, ceux de notre paroisse, il a été nombreuses fois prophète, c'est-à-dire révélateur de la volonté de Dieu. Beaucoup de bonnes choses que nous vivons ici sont également nées par les révélations du Père, par ses prières. À chaque fois que nous nous trouvions dans une situation difficile et que nous ne savions pas comment procéder, je suis allé chez Père pour connaître la volonté de Dieu et je l'ai toujours quitté avec la certitude que la parole qu'il me donnait provenait de Dieu. C'est ainsi parce que "l’expérience a confirmé" (comme le disait Saint Silouane), ou parce que sa parole contredisait parfois sa propre expérience (pendant vingt-cinq ans, il a été recteur dans une paroisse d'Eindhoven, mais il me donnait parfois une autre parole que ce qu'il faisait dans sa paroisse). Et ainsi c'était évident qu'il s'était guéri de sa raison, de son expérience, de cette tentation de parler de sa propre raison, et il recherchait toujours l'avis de Dieu.

Une personne qui m’est chère a rencontré Père Silouane à un moment donné où il était préoccupé par un problème si connu: "Je ne suis pas marié. Qu'est-ce qu'il faut faire: me marier, chercher à former une famille?". Père Silouane lui a fait une belle réponse, inattendue, voire choquante: "Dis la Prière du cœur, habitue-toi à cela, et cela va t'aider à comprendre l'image de Dieu scellée dans ton cœur; et alors ce que tu vas choisir ne va plus compter ".

C'est cela l'essentiel et, si je comprends cela, la forme "sociale" dans laquelle je vis n'a plus d'importance: je vais mettre ma vie dans les mains de Dieu, et Lui va arranger et me montrer la voie qui va me sauver. Parce que nous pouvons avoir une "famille réussie", avec des enfants "réussis" et toute la recette classique de bonheur social, pourtant notre cœur, insatisfait, peut aspirer à l'infini. Nous pouvons être dans un monastère des "marionnettes" habillées en noir, en nous gâchant notre existence, si nous ne comprenons pas l'essence de la vie monastique. Soit mariés, soit célibataires, soit moines/moniales, notre combat est de découvrir, de travailler l'image de Dieu, qu'Il a mis en nous le jour de notre création, et d'aspirer d'arriver à la ressemblance avec Celui qui nous a créés. En dehors de ce combat, sans vivre une vie spirituelle authentique, dans l'Eglise, avec l'obéissance, avec la vigilance (nepsis), nous n'avons aucune possibilité d'être vraiment heureux, ni sur la terre, ni dans le Royaume éternel. 

Il était comme ça, le Père… Il n'avait pas un manuel avec des notes prises de ses lectures en nous disant: "venez écouter ce que j'ai encore lu", il avait toujours un mot né par la prière.

« Un pouvoir terrible de pardonner »

Cette compréhension – que sans prière, sans Christ, "nous ne pouvons rien faire cf. Jn. 15:4, l'a aidé de construire avec sa presbytera, matouchka Oda, une belle famille, mais surtout il a formé l’une des plus belles paroisses que j'ai rencontrées – celle d'Eindhoven, qu'il a fondée en 1990. D'après un frère de cette paroisse, l'amour de Père Silouane pour les membres de sa paroisse était inimaginable. L'amour du Christ était vivant, visible en lui-même; il paraissait qu'il se réjouissait de ta présence quand tu allais à l'église. Chaque membre de la paroisse sentait cela, quel que soit la nationalité ou l'état spirituel de la personne. Par son amour, le Père pouvait mettre les gens ensemble. Comme il aimait à le dire, on avait l'impression qu'on fêtait la Pentecôte chaque Dimanche dans l'église orthodoxe d'Eindhoven: il y avait des personnes de sept nationalités différentes (des Hollandais, des Roumains, des Belges, des Américains, des Anglais, des Russes, des Grecs et des Arméniens); cependant, le message de l'amour de Christ est unique, et pouvait être compris par chacun.

"La qualité de tes relations avec les personnes autour de toi est donné par la qualité de ta relation avec Dieu", disait le Père, en poussant les personnes à faire leur propre repentance et à prier pour les autres, cela étant la clé pour une bonne entente entre les frères de l'Église.  Il demandait toujours aux paroissiens de ne pas permettre aux différences de nationalité, de culture, d'éducation, de les séparer, de les distancer, mais d'ajouter valeur et beauté à leur liaison fraternelle. Il les aidait à comprendre les problèmes qui venaient comme des possibilités de guérison, de renforcer leur amour, de voir en l'autre l'image du Christ, l'icône vivante, qu'il doit apprendre à aimer; et à cette mesure on ne peut pas arriver si l’on ne comprend pas qu'il faut respecter la liberté de son frère, comme Dieu Lui-même la respecte.  

Cette attitude demandée à ses paroissiens n'était pas différente de celle qu'il avait envers les prêtres avec lesquels il célébrait la Liturgie à chaque fois qu'il apparaissait une tentation ou une tension entre eux: il luttait pour faire vite la paix, il priait pour eux, il s'abaissait, il se repentait pour ses mots ou faits; d'après un de ces prêtres, "il avait  un pouvoir terrible de pardonner". Et je lui ai demandé: n'est pas cela la preuve que le Saint Esprit demeure dans son cœur? N'est pas cela l'accomplissement de la parole de l'Évangile, quand le Christ a soufflé sur Ses disciples et leur a dit: "Recevez le Saint-Esprit; ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus."Jn.20:22-23? De plus, quand c'était le cas, Père Silouane demandait les prières de ses paroissiens, puisque la paroisse était pour lui une grande famille, où les pères peuvent et doivent partager les problèmes qui arrivent avec les enfants plus grands.

En agissant ainsi, Père Silouane dissipait l'idée rencontrée parfois dans l'Église – que nous, les prêtres, nous devons toujours donner l’impression que tout est toujours en rose, que nous vivons comme des anges, en "flottant" continuellement, qu'entre nous il y a que des sourires et des fleurs… Je ne sais pas qui est le père de cette idée bizarre que nous devons donner l’impression, au prix de mensonge, que tout va bien même quand cela ne va pas, sans quoi nous risquons de décevoir les paroissiens. Le Père répétait souvent que les prêtres sont aussi des gens imparfaits, en combat avec les démons et avec les passions, et qu'ils doivent être soutenus par les prières de leurs paroissiens.

Il avait l'habitude de dire que "l'amour est le sceau de la Vérité", montrant que l'amour est le critère à utiliser pour savoir si notre ascèse, notre effort est apprécié par Dieu, si notre vie est dans la Vérité, pour vérifier si mon ascèse n'est pas hérétique, d'après Père Rafail (Noica).

Père Zacharie d'Essex m'a dit que Père Silouane a mis en œuvre la définition d'un vrai prêtre: un homme qui brûle pour l'amour de Dieu et pour les hommes.

« Je vous ai apporté la Sainte Communion… »

À un moment donné, les maladies ont commencé à le frapper. Lorsque je l’appris, il y a cinq ans, l’un de ses proches m'a demandé de prier pour lui, parce qu'il était gravement malade et que l’on s'attendait à sa mort (pour la énième fois!). En connaissant mieux Père Silouane – mais surtout maintenant, à la fin de sa vie terrestre -  les mots de Saint Paul aux Philippiens  reviennent à mon esprit: "Car pour moi, la vie c'est le Christ, et la mort est un gain. Mais si continuer à vivre me permet encore d'accomplir une œuvre utile, alors je ne sais pas que choisir. Je suis tiraillé par deux désirs contraires: j'aimerais quitter cette vie pour être avec le Christ, ce qui serait bien préférable, mais il est beaucoup plus important, à cause de vous, que je continue à vivre. "Phil.1:21-24. Je suis convaincu que, les dernières années, Dieu a décidé de laisser encore en vie le Père, malgré ses nombreuses maladies, les unes plus graves que les autres, et  plusieurs interventions chirurgicales, pour le gain spirituel de ceux qui l’entouraient. Avant sa mort, Père Sophrony avait dit à son proche disciple: "Je peux aller à Dieu, j'ai terminé ce que j'avais à Lui dire, je n'ai plus rien à Lui dire". Je pense que Père Silouane pouvait aussi dire cela il y a quelques années, pourtant il est resté encore sur Terre pour guérir encore, pour gagner encore des gens au Christ.

Il y a deux semaines, le troisième jour de la fête de Pâques, le Père se sentait mal et il a dû aller à l'hôpital. Son état de santé a vite empiré et le vendredi soir il est tombé dans le coma. Samedi après-midi, les médecins disaient qu’il lui restait encore quelques heures à vivre puisqu'il n'avait plus bougé depuis 24 heures. Son fils aîné, qui me tenait au courant de son état,, m'a téléphoné pour aller chez lui. Quand je suis rentré dans sa chambre, il a dit à son Père (qui se trouvait dans le coma) que j’étais arrivé, et celui-ci a tressailli. Je suis allé vers lui et je lui ai parlé en chuchotant mais les appareils auxquels il était connecté, lesquels ont saisi l'émotion de l'amour du Père et ils ont commencé à sonner (matouchka m'a dit qu'il lui arrivait cela lorsqu’il était ému).

Nous pleurions tous, nous avons prié ensemble pendant un certain temps, en le prenant par la main, en disant la prière du cœur, comme nous l’avions appris, et puis j’ai demandé: «Père, vous voulez que je vous lise une prière? En français? Ou en roumain? ". Le Père à approuvé légèrement par la tête et les membres de la famille m'ont dit: "Lisez en roumain." Alors j'ai demandé: «Vous désirez communier? J'ai apporté la Sainte Communion ». Et le Père qui était dans le coma, qui n’avait plus bougé depuis longtemps, dans l’était où il se trouvait, les yeux fermés, a fait un effort pour se lever. Ses enfants sont venus immédiatement l’aider et le Père a réussi une chose que moi, en état de bonne santé, n’aurais pas réussi, je pense: en dépit des trois ou quatre tubes qu’il avait dans sa bouche, il a levé un coin de la bouche pour pouvoir recevoir la Communion. Une fois avalée, les appareils sont revenus au silence et le Père s’est endormi, fatigué par la tension avec laquelle il a vécu sa dernière rencontre avec le Christ dans l'Eucharistie.

Il n’y avait plus de mots à dire – et ce n’était pas du tout nécessaire -, le temps a commencé à couler à nouveau et je suis parti de l’hôpital. Ayant à l'esprit les paroles de Joseph l’Hésychaste lorsqu’il a reçu sa dernière Communion : « la nourriture pour la vie éternelle ».  Je pense que nous tous qui avons été témoins de ce qui est arrivé, nous sommes partis de l’hôpital avec cette attitude. (Je vous ai dit tout cela pour vous rappeler que durant les quelques heures avant sa mort, jusqu'à ce que l'âme se sépare du corps, l'homme tout entier est là, et pas seulement un corps immobile, l’état de coma est juste une apparence. Ne vous laissez pas tromper par l'apparence de celui-ci, ne discutez pas de sottises ou de choses administratives autour de celui qui est à côté de chez vous entre la vie et la mort, mais parlez-lui, priez pour lui, avec lui, parce que celui qui est dans le coma vous entend; je peux vous assurer cela, car Dieu m'a donné la chance de le vivre plusieurs fois, comme prêtre: se convaincre que celui qui est dans le coma sait, entend et voit tout ce qui se passe autour de lui).

Dimanche, il a attendu jusqu'à ce que la famille soit venue le visiter, parce que le programme de visite de l'hôpital était très strict dans son cas. Il a attendu tous ses proches, ils ont prié ensemble pendant une demi-heure, et puis, lentement, tendrement, il s’est reposé dans le Seigneur qu’Il aimait tellement. Mais en rassurant ses enfants quant à la résurrection. L'un d'eux, qui avait des doutes quant à la résurrection du Christ, m'a confessé qu'à partir du moment de la mort de son père, il n’avait plus de doute; il a été fort impressionné par le fait que la bonne attitude par rapport à la mort nous amène à Dieu et elle ne nous sépare pas, comme cela arrive malheureusement trop souvent.

« J'ai finalement eu le temps de parler longuement avec mon Père »

Lors de sa dernière nuit avant les obsèques, le Père a été veillé toute la nuit dans l’église et nombreux étaient ceux de notre paroisse et de sa famille qui avons prié et veillé avec lui. Et nous avons le mot « veillée » en roumain, mais nous savons tous ce qui se passe malheureusement dans la plupart des veillées chrétiennes - païennes, en fait – de chez nous. Et je vous dis cette chose parce que nos grands-parents commencent à partir vers les cieux et il y aura des gens qui vont mourir autour de nous et nous allons tous mourir, un par un. Et il est important de savoir que ce qui s’est passé au chevet du Père Silouane devait arriver lors des veillées de tous les chrétiens, c’est-à-dire la lecture continuelle des psaumes et du Nouveau Testament, à côté du cercueil de la personne décédée, le partage de ce temps dans la prière pour le repos de l’âme de la personne endormie, qui part à la rencontre de Dieu. Nous tous qui avons veillé ainsi autour de notre Père avons expérimenté l'état de grâce et de paix, comme dans la nuit de la Résurrection. Par conséquent, lorsque le matin, l'un des fils du Père Silouane a remercié ceux qui ont passé la nuit dans une telle prière, j’ai souri. Je lui ai dit: «Ce fut pour moi un grand privilège! Père Silouane était si précieux, avec un programme si chargé, âgé et malade, et donc nos réunions étaient toujours limitées. Enfin, ce soir, j'eu le temps de parler longuement avec mon Père ».

Il est important de ne pas oublier que l'âme est là, même si nous ne voyons que le corps mort de notre prochain, sa dépouille - le visage de la mort. L'homme est immortel. Vous vous en souvenez peut-être, quelqu'un est venu voir Abba Évagre, un ermite des premiers siècles chrétiens, et lui dit: «Abba, votre père est mort ». Et qu'est-ce qu'il a répondu? « Vous dites des blasphèmes! Mon père est immortel ». Si nous avions cette foi et cette conviction, nous aurions la capacité de vivre ces jours - entre la mort et l'enterrement - réconfortés, avec plus de calme, d’une manière plus chrétienne disons, pour le bénéfice de celui qui nous quitte, et pour notre propre bénéfice. Il est important d'apprendre à parler en silence, au-delà des mots, avec celui qui est en train de quitter cette vie, en faisant de l'amour qui nous unit à lui de l’énergie pour l’intercession vers Dieu. La plupart des personnes illuminées par le Saint-Esprit ont parlé du silence « parlant ». Les Saints Pères qui, lors de cette vie terrestre, ont eu un avant-goût du paradis, disent que le silence est le langage de l'âge à venir. Nous devons apprendre à garder la parole silencieuse, de prier sans paroles à côté du malade, ou près de celui qui s’est endormi dans le Seigneur.

Comme je l'ai dit lors du trépas de Madame Andrée, nous devons comprendre de la vie de ces aimés de Dieu - que dans Sa providence Il nous a fait connaitre personnellement – que le salut est à notre portée, que la pratique des vertus est pour nous tous, que la sainteté est la voie de tous. Il n’y a pas de contexte historique, politique ou tout autre qui empêche notre salut, notre cheminement vers Dieu. Nos choix sont ceux qui nous définissent, ceux qui nous construisent, ceux qui nous mènent aux cieux ou pas.

Après la dernière Divine Liturgie que j’ai concélébré avec le Père (avant son enterrement), un frère voulait me réconforter, en me disant qu’il ne faut pas être plus triste que nous devions l’être, parce que le Père nous a laissé un riche héritage. Et depuis ce mot résonne encore dans mon cœur et me nourrit. En effet, Père Silouane nous a donné tant : il nous a tout  donné !

(Père Ciprian Gradinaru, Homélie lors du Dimanche des Myrrophores 2015, une semaine après le trépas du Père Silouane Osseel).

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Madame Andrée - une servante de Dieu parmi nous

  • Posted on: 22 February 2016
  • By: delia

Article paru dans la revue "La Famille orthodoxe", no. 78 (juillet, 2015)

Nous fêtons le Dimanche des Saints Locaux (le deuxième Dimanche après la Pentecôte) et je prends la liberté de parler de l'un des Justes, pourrions-nous dire, de la terre belge: Madame Andrée. Il s’agit d’une femme née en Belgique, qui a grandi en Belgique et s’est convertie à l'orthodoxie à l’âge adulte. Elle a eu une vie banale si on la regarde de l’extérieur: elle provenait d'une famille de douze enfants, a  fait des études, a travaillé quelques années, ensuite s’est mariée avec Marc, avec qui elle a eu six enfants, qu'ils ont élevés ensemble avec beaucoup d'amour et de sacrifices. À un certain moment de sa vie, elle a développé un cancer. Elle a lutté beaucoup, a beaucoup souffert, et maintenant elle est partie au ciel.

Mais du point de vue de la Providence divine, certainement, sa vie - en apparence si banale - est d'une grande importance pour notre communauté, parce que, honnêtement parlant, c’est à partir d’elle que tout a commencé. Et si nous sommes ici aujourd'hui dans cette église, si nous prions ici depuis trois ans, si depuis trois ans nous célébrons ici la Divine Liturgie, si nous pouvons rencontrer Dieu ici, si de nombreuses personnes ont trouvé la paix dans ce lieu, en priant, en se confessant, en communiant, en se renouvelant du point de vue spirituel, c’est à Dieu que nous devons tout cela, bien sûr. Et Dieu a choisi de faire connaître Sa volonté à travers Andrée. Et voici comment les choses se sont passées ...

Une leçon de vie

 Comme amie de la famille, Andrée était au courant de mon désir de trouver un endroit pour fonder un monastère pour les Roumains en Europe occidentale. En janvier 2011, elle a découvert que les possessions d'une communauté catholique étaient mises en vente et elle a appelé le propriétaire. Il l’a éconduite, en lui disant qu’il avait déjà contacté toutes les communautés orthodoxes de Belgique – y compris les représentants des paroisses roumaines- et aucune n’était intéressée. Mais Mme Andrée a insisté à maintes reprises, en lui disant que cette fois-ci il s’agissait d’une nouvelle paroisse, avec un nouveau prêtre, qui voulaient venir voir l'endroit. Sa persévérance à fait céder le propriétaire, qui finalement a accepté de me rencontrer. C’est comme cela que j’ai découvert l’ancien monastère catholique de la Résurrection à Vedrin, dont les offices étaient fréquentés par Andrée et sa famille lorsqu’ils étaient catholiques. Les bâtiments étaient en train d’être "réajustés" à des fins commerciales, à moins que ne se présente un acheteur intéressé par leur utilisation comme lieu de culte. Avec la bénédiction et le soutien de Monseigneur Joseph et le sacrifice de nombreux compatriotes – et en particulier des ceux qui constituent aujourd'hui la Paroisse de "Tous les Saints" de Vedrin - nous avons réussi à acheter cet établissement et donc à fonder notre monastère en Belgique.

Vous voyez, si Andrée n’avait pas prié, si elle n’avait pas insisté pour convaincre le vendeur de nous accorder une chance, si elle n’avait pas voulu ardemment m’aider, si elle s’était découragée après la première réponse, nous ne serions pas ici aujourd’hui. C’est une leçon très importante pour chacun de nous concernant la persévérance dans la bonne pensée, la bonne intention et le don de soi dans la prière – une prière qui lui a ouvert le cœur, en la préparant pour l’œuvre de Dieu qui s’est faite à travers elle.

C’est pourquoi je ne peux expliquer notre rencontre avec Andrée que dans une perspective eschatologique. Au premier siècle, l’on nommait «saints» Ephésiens 1: 1 ceux qui luttaient pour acquérir le Saint Esprit, qui étaient des membres du Corps du Christ - l'Église. Ce sont ces «saints» qui «nous jugeront»1 Corinthiens 6: 2, nous dit l’Apôtre. Pas nécessairement Saint Paul qui a vu le quatrième ciel, ni Saint Silouane qui a vu le Christ dans la lumière incréée – oui, ils nous jugeront aussi, mais je pense que notre jugement s’avérera plus sévère lors de la rencontre  avec des gens comme Andrée, nos contemporains, vivant dans la même société qui a nié Dieu, souffrant de la solitude (non voulue!) et de la maladie pendant de nombreuses années, partageant la même «frustration» que beaucoup de femmes chrétiennes d'aujourd'hui: parce qu'elle était également une femme dotée de dons de toutes sortes et pourtant elle avait choisi de donner naissance à six enfants et de rester à la maison pour les élever. Bien qu’elle ne se soit pas accomplie dans la vie sociale ou dans sa carrière, comme on dit, bien que ses amis et des membres de sa famille se moquaient d’elle («Tu n’es pas capable de quelque chose de mieux, tu fais ce que ton mari te dit, tu dépends de lui»), elle a pris la liberté de choisir le Christ. Et pour cela, craignons notre rencontre au Jugement Dernier avec ces gens; car le jugement de notre propre conscience ne sera pas aisé, nous qui avons beaucoup su, qui avons beaucoup reçu (entre autres, comme un don de Dieu, ce n’est pas une petite chose d’être né dans un pays orthodoxe!) et avons fait peu, si peu…

Être honnête avec le Seigneur et dans un dialogue ininterrompu avec Lui

Comment Andrée est-elle arrivée à une telle mesure ? Tout d'abord, elle a vécu une conversion continue tout au long de sa vie. Elle s’est entièrement instruite dans l’enseignement de l'Église ; et au long des cinq-six années où je l’ai connue, je n’ai jamais remarqué une mauvaise attitude, une attitude qui ne soit pas conforme à l’enseignement du Christ. À une époque où elle ne comprenait pas le sens de sa maladie (elle a lutté pendant quatorze ans contre le cancer), elle s’est révoltée contre Dieu, en ayant peur qu’elle ne vive pas pour voir grandir ses petits-enfants. Mais elle n’a pas caché une telle chose, elle s’est confessée, elle m’en a parlé et a reçu avec joie la parole que je lui ai donnée : qu’elle demande au Seigneur qu’Il parle à son cœur, qu’elle n’attende pas ni des hommes ni des livres spirituels la réponse à sa question «  pourquoi Dieu a-t-Il permis cette souffrance ? » Je me suis réjoui lorsque, quelques semaines avant sa dormition dans le Seigneur, nous nous sommes rencontrés et nous avons eu une longue discussion dans laquelle elle m’a dit qu’elle avait trouvé la paix avec Dieu et venait de comprendre le pourquoi de son cancer. Je n’ai pas cherché à savoir, ce n’était pas à moi de comprendre le sens de sa maladie. C’était entre elle et Dieu et cela devait rester comme celà. C’était son chemin de salut, sa souffrance, assumée en Dieu. Et voici une autre chose qui est très importante : nous prions toujours, nous faisons semblant de parler à Dieu, mais le plus souvent notre prière est très faible et on se demande comment nous pourrions obtenir de l’inspiration. L’exemple d’Andrée est très parlant pour moi et peut l’être pour plusieurs d’entre nous : chaque larme, chaque goutte de sang coulée de notre cœur, de la souffrance physique ou spirituelle, de l’isolement, de la maladie, tout échec, tout malheur …tout cela, s’il est accepté sans révolte contre Dieu, donne beaucoup de force à notre prière. Cela renforce notre effort de prière et lorsqu’une telle personne se met à genoux devant Dieu, ses paroles s’élèveront sans entrave vers Dieu, qui a volontairement souffert et est mort sur la Croix pour notre salut, vers le cœur de Celui qui, étant sans péché, a versé Son sang pour nous.

Andrée a été une personne qui a éduqué son esprit et a renforcé son cœur, en essayant toujours de rester ferme devant Dieu. C’est très souvent que je l’ai vue, dans des situations diverses, trouvant les attitudes justes -  juste signifiant, le plus souvent, d’être sincère devant Dieu. Pas nécessairement de sauter de joie pendant une maladie, ou d’être joyeux lorsqu’un autre te cause une injustice; mais d’être honnête avec Dieu et dans un dialogue continu avec Lui. Son esprit l’aidait beaucoup à faire cela, parce qu’il était plongé dans les mots de l’Évangile. Je n’ai vu, parmi les nombreux chrétiens pratiquants que j’ai connus, que je connais, que très peu de gens dont l’esprit soit immergé dans les paroles de l’Évangile comme celui d’Andrée. Elle avait toujours dans l’esprit et à la bouche un verset de l’Évangile ou d’un psaume, pour s’aider à sortir d’une situation, soit pour elle, soit pour ses enfants. Elle avait toujours l’attitude spirituelle juste.

Un christianisme pratique et pas théorique

Elle luttait pour dire toujours la prière du cœur, dans n’importe quelle situation où elle se trouvait. Chaque soir, elle récitait une règle avec „Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi ! ”, puis elle s’endormait en priant sur son chapelet. Très souvent elle se réveillait paniquée pendant la nuit, demandant à son époux: „ Mon chapelet, il est où ?”.

Toujours pleine d’amour, de bon sens et de pudeur, elle montrait aussi beaucoup d’humilité: elle avait beaucoup de dons du Saint Esprit, mais elle se positionnait toujours elle-même en dessous des autres.  Les membres de sa famille m’ont raconté qu’ils ne l’avaient jamais vue énervée. Comme le Père Dionisie du monastère Colciu au Mont Athos le disait: « on ne peut pas avoir les nerfs tendus si on se voit soi-même en dessous de tous les autres. »

Une autre chose que tous appréciaient chez elle était sa permanente bonne disposition et son humour très fin. Chaque matin, si quelques-uns des membres de la famille étaient, peut-être, plus grincheux, elle les faisait rire. Elle avait un humour sensible, positif, et trouvait la manière de transformer un contexte banal en une source de bonne disposition: un jeu de mots, certaines circonstances….Et on connait tous l’importance de la bonne disposition dans la vie spirituelle! Et si parfois elle n’était pas souriante, c’était parce qu’elle était immergée dans la prière.

Elle faisait toujours attention à ne jamais gaspiller le temps. Elle ne perdait pas le temps en regardant la télévision. Son époux avait décidé d’acheter un téléviseur afin que les enfants puissent apprendre l’anglais en regardant des films, mais Andrée avait déclaré cet appareil son ennemi personnel « numéro 1 ». Et lorsque les enfants avaient grandi, elle collait, sur l’écran de la télévision, une phrase bien choisie, un mot de l’Évangile ou d’un saint Père, qui les aidait à résister à la tentation de plonger dans le sombre abîme du „petit écran”.

Ensuite, son sacrifice d’elle-même était total et impressionant. Elle s’est occupée de ses enfants jusqu’au bout, dans l’abandon total de soi-même, en renonçant à tout souhait personnel et volonté personnelle. Son époux, M. Marc, m’a raconté comment elle a soigné un oncle qui était gravement malade. A un certain moment, il l’avait très mal traitée. Néanmoins, juste le lendemain d’une opération qu’elle avait subie elle-même, Andrée s’en était allée le voir, pour continuer à le soigner, essayant aussi d’apaiser ses douleurs, comme si rien ne s’était passé. Christianisme pratique, pas théorique!

Cette attitude est aussi relevée par de nombreuses situations que M. Marc m’a racontées.

Lorsqu’il lui avait demandé sa main, elle lui avait répondu qu’elle donnait son accord, mais qu’elle devait lui annoncer qu’elle aimait quelqu’un de plus. Le pauvre Marc, qui venait de commencer à aller à l’église (par amour pour Andrée), avait senti le ciel lui tomber sur la tête à ce moment-là. Mais il s’était calmé lorsqu’elle avait ajouté : „J’aime le Christ plus que toi. Et ce sera toujours comme ça”.

Un autre exemple: ils étaient allés une fois à un service religieux dans un monastère, où les moniales avaient traité les enfants avec sévérité. Marc, avec son tempérament un peu impulsif, s’était fâché et était parti à la maison. Après l’office, lorsqu’Andrée arriva à la maison, elle lui demanda: „Marc, qu’est-ce qui s’est passé?”. „Mais tu n’as pas vu comment elles traitaient les enfants?” (elles étaient très aimables envers les enfants des riches, tandis qu’avec leurs enfants, plus pauvres, elles étaient plus sévères). Andrée avait continué: „Et quel est le problème?”. „Mais les moniales ont fait ça et ça”. „Mais toi, tu es venu à l’église pour les moniales ou pour Dieu?”. Evidemment, elle l’avait mené vers une autre dimension, une autre perspective. Il s’était confessé alors et avait fréquenter sans trouble cette église-là.

Plusieurs fois, dans la voiture, ils se trouvaient derrière quelqu’un qui allait trop lentement et Marc, nerveux et pressé, disait: « Qu’est qu’ils font ces gens au volant?! Qui leur a donné le permis de conduire?! » (Les chauffeurs connaissent bien ce genre des pensées qui surgissent dans leur tête dans de telles situations). Andrée, très calme, lui répondait: „Marc, réjouis-toi, car nous avons plus de temps pour dire la prière du cœur”. Et encore une fois, Marc se faisait tout petit devant elle, avait de la honte et se corrigeait.

C'est à nous de nous humilier, ceci  est notre devoir”

Un autre aspect très important, que j’ai remarqué plusieurs fois: les tensions humaines avec les voisins, en famille etc., et j’ai admiré sa façon de lutter. On pense souvent que nos maladies corporelles ou nos maladies spirituelles proviennent des traumatismes ou des péchés évidents; pourtant, celles-ci proviennent aussi du désordre spirituel, des conflits non résolus où on se donne des excuses pour ne pas pardonner, pour blesser… "C'est mon droit", "C'est comme je dis", "L'autre a tort" et ainsi de suite. J'ai vu Madame Andrée lutter en permanence pour résoudre ces conflits, tant à travers la confession, qu'avec d’autres méthodes. Elle disait, par exemple, d'une personne avec laquelle ils avaient une relation tendue à un moment donné: "S'il était chrétien… S'il était chrétien comme nous, on n'arriverait pas à cette situation et il serait meilleur que nous. C'est à nous de nous humilier, c’est cela notre devoir". Et tous les nœuds se déliaient tout doucement, avec ce genre d'attitudes humbles.

Et, à propos d'humilité, de dévouement et de non-justification de soi-même, Monsieur Marc me disait qu'il a réalisé après sa mort qu'Andrée n'avait rien eu "à soi": aucun objet, aucune habitude confortable… aucune prétention!

Chaque fois que j'allais chez eux je partais enrichi – l'état d'esprit qui régnait chez eux, leur communion dans la prière… Je vous l’ai dit : elle a élevé et éduqué six enfants (Marc dit qu'il a été son septième "enfant"), et elle les a éduqués tous dans la foi et en Christ. Plusieurs de ses enfants et son époux ont reçu le Baptême orthodoxe. Si tout cela n’avait été que des paroles et pas de la pratique, si cela n’avait été que la lettre, pas l’Esprit, vous vous imaginez qu'aucun d'eux n'aurait été impressionné, personne n'aurait suivi sa voie. Aujourd'hui tous ses enfants sont en relation vivante avec Dieu et ils connaissent par cœur beaucoup de Psaumes et plusieurs fragments d'Évangile. Tous les huit membres de la famille connaissent par cœur l'Évangile selon saint Marc. Tout cela a été bien sûr accompagné de beaucoup, beaucoup de tentations et d'attaques de la part de démons et de gens; par l'amour du Christ, ils les ont bien surmontés.

Puis, une autre observation : pensez à la force de sa prière, pensez à l'intensité de son amour pour le Christ et à quel point Dieu l'a aimée: elle avait souhaité une église orthodoxe plus proche de sa maison parce que, touchée par sa maladie, les trajets vers la paroisse où elle se rendait depuis plusieurs années (mais assez loin) étaient devenus difficiles. Et Dieu a bien voulu que trois parmi toutes les paroisses orthodoxes de Belgique, peu nombreuses, soient créées les dernières années par des communautés orthodoxes (roumaines, grecques, russes), dans un rayon de seulement quelques kilomètres de sa maison!

Sa vie continue par les semences qu’elle a répandues

 Marc, l’époux de Madame Andrée, me confessait qu’il regrette profondément qu’il n’ait pas été assez présent pour elle, que même lui, qui a vécu quarante ans à ses côtés, ne l’a pas vraiment connue. C’est seulement après son départ qu’il a commencé à comprendre la grandeur de la personne avec laquelle il avait vécu.

 Moi-même j’ai un profond regret de ne pas m’être assez servi des rencontres avec elle. Comme presque chaque fois que quelqu’un part de cette vie, de ce pays, je me rends compte du trésor qui probablement se trouvait dans cette personne. Or moi, j’ai traité avec légèreté, avec indifférence son passage dans ma vie… Je fais ici ma propre confession, ma propre pénitence, mais je pense que chacun, non nécessairement lié à Andrée, mais lié à autant d’autres, devrait faire aussi sa propre pénitence. Et cela ne veut pas impérativement dire regretter qu’on n'ait pas fait ce qu’on aurait pu faire, mais plutôt commencer à vivre autrement. Chérir autrement nos relations. Dieu souhaite qu’on vive toutes les rencontres avec les gens dans notre vie comme providentielles, capables de nous rapprocher de notre salut. Qu’elle soit bonne, qu’elle soit méchante, cette personne peut m’emmener plus près du Paradis si je me situe correctement par rapport à elle. Vivant ainsi, luttant ainsi, nous deviendrons plus attentifs à la profondeur de l’autre, beaucoup plus prêts à découvrir la ressemblance de Dieu en lui. Je dis cela car c’est ainsi que j’ai vu vivre Andrée: ouverte vers l’autre, avec une infinie patience et douceur, cherchant toujours à avoir la “bonne pensée”.

 Et je pourrais parler encore beaucoup sur elle, mais je ne vais plus raconter que sa fin, après autant de souffrances épouvantables. Comme on le lit dans l’Évangile lors de la fête des justes, la mort des justes semble être une punition, mais à travers les yeux de Dieu les choses apparaissent complètement différentes: “leurs âmes sont dans Sa main” Sagesse Salomon, 3:1-8. Andrée était arrivée à un haut niveau spirituel, et Dieu a trouvé que c’était le meilleur moment de sa vie, aussi Il l’a emmenée chez Lui. C’était exactement le moment où elle venait de se réconcilier en tout avec Dieu, où elle avait dénoué tout ce qui la liait à ce monde, où elle avait trouvé la force de se séparer de la famille qu’elle aimait tant. D’ailleurs, ses derniers mots ont été: “Je vous demande pardon à tous et je vous prie de garder la foi”. 

 En pensant à tout cela, nous arrivons à comprendre que peu importe le nombre d’années que nous vivons, mais c’est la façon dont nous vivons qui compte ; nous comprenons que, après cette mort corporelle (qui n’est pas la mort lorsque l'homme croit que le Christ est le Rédempteur), notre vie continue dans l'éternité devant Dieu, et sur terre à travers ce que nous avons laissé derrière nous. Les conséquences de nos actions, de nos pensées et de nos paroles résonnent encore sur la terre jusqu'au jour du Jugement Dernier.           

 Donc, cela signifie que chaque fois que nous nous réunissons ici, dans cette église, chaque fois que nous prions, la vie de Mme Andrée continue. Chaque prière dans cette église sera un autre témoignage devant le trône de Dieu qu'elle n'a pas vécu en vain. Chaque fois que ses enfants prient, chaque fois qu’ils choisissent de vivre selon les commandements et ce qui est agréable à Dieu, ils joueront le rôle du meilleur «défenseur », car sa vie se poursuit dans la postérité à travers les semences qu’elle a semées.

         « Veillez » Marc 13 :37

Ses deux derniers jours, Andrée les a passés à l'hôpital parce qu'elle ne pouvait plus supporter la douleur. Elle a également dit à son mari en sortant de la maison pour une dernière fois: « C’est le dernier chemin que je fais à l'hôpital ». Quelques heures avant sa mort, elle a appelé le prêtre, elle s’est confessée et a communié au Corps et Sang du Christ. Puis, entourée de ses enfants et son mari qui lui ont chanté le Psaume 22, elle s’est endormie dans les bras du Seigneur. Le psaume qu’elle leur avait enseigné, le psaume de la dormition : « Si je marche dans l’ombre de la mort, je ne craindrai plus aucun mal, car Tu es avec moi ». Et en chantant le psaume, ils l’ont encouragée à partir : « Maman, va vers Celui que tu as tant aimé  et intercède pour nous ! ». Et ils se sont séparés, mais c’était une fin de vie qui a couronné toute sa vie, la vie d’une personne qui a aimé Christ de tout son cœur. 

L’un des témoins de son trépas a été extrêmement ému par ce qu’il avait vu et vécu alors : «  Je n’ai jamais vu une telle famille, qui encourage la personne la plus chère à aller vers le Seigneur ! ».

J’avais demandé à Mme Andrée de nous enseigner, dans la paroisse, l’Évangile selon saint Marc et elle avait bien ce désir de venir nous enseigner, nous et nos enfants. En raison de sa maladie, elle ne pouvait pas venir si souvent à l'église pendant les dernières années de sa vie. Mais l'un des dimanches où elle est venue, elle nous a récité "par coïncidence" la partie finale du chapitre 13 de l’Évangile selon saint Marc. Eh bien, ce fragment ils l’ont récité Marc et ses six enfants à la fin du service funèbre, après l’enterrement, lorsque elle est descendue au tombeau. Le message de ce chapitre final est que nous devons veiller, parce que la fin de cette vie est comme dans la parabole du Maître de maison qui en partant loin donne à ses serviteurs, à chacun son travail et leur demande de veiller car personne ne sait quand le Maître sera de retour. Personne ne connait le moment de sa mort et pour cela le Christ nous dit à nous tous: «Veillez ! »" Marc 13 :37.  Ce fut un moment vraiment émouvant. On sentait tous une grande paix, mais également la douleur de la séparation. Tout notre espoir était tourné vers le fait qu’elle partageait désormais la vraie vie, dans les bras de l’Époux bien-aimé de son âme. Et j’ai remarqué une très grande sérénité sur les visages et dans les cœurs des membres de sa famille. En outre, lors des funérailles, de nombreux hétérodoxes qui étaient présents ont été très émus par l'état d’âme et le témoignage orthodoxe donné par sa famille.

Nous entendons maintes fois qu'on nous dit à l'église: "Le sceau de notre vie est la mort". Tout cela a été pour moi une confirmation finale. Ce que j’avais vu chez Andrée avant sa mort n'était pas des mensonges, ce n'était pas des expériences superficielles, mais cela était vécu dans la profondeur de son cœur. 

Que Dieu nous aide à ne pas vivre en vain, ne pas vivre le temps qui nous reste pour aller vers la perdition, puisque nous demandons toujours "une vie longue et la santé". Si nous n'utilisons pas pour nous approcher du Christ ces dons qu’Il nous fait : une vie longue – que Dieu donne vraiment à quelques-uns ! – et la santé qui renforce nos corps, alors nous serons condamnés pour le mépris de ceux-ci, que l’on soit membre de l’Église ou pas.

Je regrette de n’avoir pas pu dire plus et des choses plus profondes sur cette personne de Dieu. D'après Père Sophrony (en évoquant Saint Silouane), pour comprendre un saint, on doit être saint; pour comprendre un vertueux, on doit être à son tour un vertueux. Pourtant, je crois qu'il aurait été dommage ne pas partager avec vous au moins ce peu de choses que je viens d’évoquer, que mes yeux étroits et myopes ont aperçu dans la vie de notre sœur Andrée. J'espère que cela nous sera utile et qu'Andrée ne sera pas seulement un nom de "pieux souvenir", mais qu'elle sera notre médiatrice, notre exemple et notre initiation sur le bon chemin, en étant la première fondatrice orthodoxe de notre église à être partie aux cieux. Amen !

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